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Comment l’homme d’affaires a perdu la bataille

brafaso-85ebbMohamed Sogli, le «riche homme d’affaires», semble avoir oublié qu’en politique comme en affaires, 1+1 ne font pas forcément 2. Il s’est endetté jusqu’au cou. Plus de 20 milliards de francs CFA de dette ! Ses créanciers, qui le poursuivaient depuis plusieurs années sans succès, ont fini par avoir sa peau, le 12 août dernier.

Mohamed Sogli, le «riche homme d’affaires», semble avoir oublié qu’en politique comme en affaires, 1+1 ne font pas forcément 2. Il s’est endetté jusqu’au cou. Plus de 20 milliards de francs CFA de dette! Ses créanciers, qui le poursuivaient depuis plusieurs années sans succès, ont fini par avoir sa peau, le 12 août dernier. La Justice a décidé que l’entreprise soit liquidée.

Mais les plaignants ne sont pas tout à fait satisfaits. Selon des sources concordantes, la Banque internationale du Burkina (BIB/membre de UBA), la Banque commerciale du Burkina (BCB) et la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), émettent des doute. Elles ne sont pas sûres que la seule liquidation de la société puisse permettre d’éponger les dettes de BRAFASO. La BIB, à elle seule, réclame environ 18 milliards de francs CFA. La CNSS et la BCB, environ 500 millions chacun. Mais elles ne sont pas les seules à être aux trousses de l’homme d’affaires. Les Brasseries du Faso (BRAFASO) dont Mohamed Sogli est l’actionnaire ultra-majoritaire, doivent à ECOBANK, environ 5 milliards de francs CFA. Dans ces conditions, il n’est pas exclu que certains plaignants déposent d’autres plaintes contre les dirigeants de la société afin de recouvrer la totalité des créances.

Mohamed Sogli, patron des entreprises SOPAM, GEOFOR et BRAFASO, aurait dû avoir fini de payer depuis 2006. Mais il a trainé le pas. Au point que la Commission bancaire de la CEDEAO tape du point sur la table, contraignant les banques à mettre tout en œuvre pour recouvrer les fonds qui leur reviennent. Depuis lors, la descente aux enfers de l’homme d’affaires s’est accélérée. Surtout que depuis pratiquement cinq ans, BRAFASO, société anonyme au capital de 600 millions de francs CFA, ne fonctionne plus.

Avant la décision de liquidation, l’homme d’affaires a tenté, en vain, de recoller les morceaux. Il avait besoin d’un fonds de roulement de six milliards de francs CFA. Mais avec la dette colossale qu’il traine comme un boulet au pied, aucune banque ne l’a écouté. Ses démarches auprès d’autres hommes d’affaires sont également restées infructueuses. Mohamed Sogli a trainé ses angoisses jusqu’à ce que la Justice décide de la liquidation de sa société. Et il risque de connaitre d’autres angoisses. Des structures, et non des moindres, à qui il doit de l’argent, sont en train de mettre au grand jour de vieux dossiers.

Déjà, dans son rapport 2006, la Cour des comptes l’avait épinglé dans une affaire «louche» qu’il avait concoctée avec la Caisse nationale de sécurité sociale. Voici un morceau du rapport: «Prêt accordé à la Société de brasserie du Faso (BRAFASO)/Montant: 500 000 000 FCFA; taux: non déterminé; date d’octroi: 15 mai 2002; échéance du remboursement: non déterminée; modalités de remboursement: non déterminées. L’examen du dossier a révélé qu’aucune délibération du Conseil d’administration n’autorise le prêt. Par ailleurs, aucune convention de prêt n’a été établie entre les deux parties précisant les conditions ainsi que les modalités de remboursement dudit prêt. De même, aucun document n’indique que des actions en recouvrement ont été engagées à l’encontre de la société en vue d’obtenir le paiement du montant du prêt accordé».

Les dettes se sont ainsi cumulées, jusqu’à ce que les plaignants, las des promesses non tenues de l’homme d’affaires, décident de saisir la Justice.

Pourtant, le 19 juillet 2010, lors de la rencontre gouvernement/secteur privé, tenue à Bobo Dioulasso, la capitale économique du Burkina, le Premier ministre d’alors, Tertius Zongo, avait donné des signes d’espoir. En lisant le rapport de cette rencontre, le patron de BRAFASO a dû faire une halte sur ce passage: «S’agissant particulièrement des entreprises en difficulté, le gouvernement suit de près les cas de BRAFASO, DAFANI et SN-GMB. Pour les deux dernières entreprises citées, l’Etat a décidé de prendre des participations dans leur capital pour permettre aux productions de reprendre d’ici la fin de l’année. Quant à BRAFASO, des contacts ont été pris dans la sous-région pour la recherche du financement nécessaire au lancement de la production». Mais ces contacts sont restés infructueux. La production n’a jamais été relancée. Au contraire, la société est restée dans les eaux troubles d’une dette sans cesse croissante.

En juin 2010, Mohamed Sogli, sentant venir le danger, avait fait une mise en garde devant un parterre d’hommes d’affaires et de représentants de l’Etat venus visiter sa société, à l’occasion d’une opération de charme organisée par ses communicants. Morceau choisi de sa déclaration: «BRAFASO s’identifie comme la somme des risques que les opérateurs économiques de ce pays prennent chaque jour pour ouvrir à leur nation, la voie de la croissance et de la prospérité. Pour ce faire, elle sait compter sur le bouclier de l’Etat, pour lui éviter le vent dévastateur de la mondialisation pour laquelle l’Afrique en général et le Burkina Faso en particulier, ne savent pas prendre les mesures idoines pour contrecarrer et sauver leur patrimoine économique identitaire. Aussi, je sais compter sur le rôle de protection des pouvoirs publics et le soutien sans faille des consoeurs et confrères, femmes et hommes d’affaires que vous êtes». Le PDG du Groupe SMAF et président du Cercle des jeunes chefs d’entreprises, Mahamadi Sawadogo, avait alors rassuré le «big boss» de BRAFASO. «S’il y a une contribution quelconque que nous pouvons apporter, nous n’hésiterons pas en tant qu’opérateurs économiques burkinabè. Il y va de l’intérêt de notre pays», avait-t-il déclaré sous une slve d’applaudissements. Et le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF), El Hadj Oumarou Kanazoé, d’ajouter de l’espoir à l’espoir: «De tels investissements méritent de notre part, dit-il, des bénédictions et des appuis afin qu’ils produisent tous les résultats escomptés pour l’avancée de notre économie et le progrès de notre pays». Mais tous ont été impuissants face à la longue agonie de BRAFASO. Le «malade» a fini par être envoyé dans la salle de «liquidation».

La BIB, la BCB, ECOBANK et la CNSS ont cru bon de soutenir cette initiative de Mohamed Sogli. Mais elles ont été payées en monnaie de singe.

www.courrierconfidentiel.net

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