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Histoire de vie d’une racoleuse sexuelle de 14 ans 

ProstitutionElle n’a que 14 ans, mais ici, elle est la prostituée la plus convoitée. La plus chère aussi. Son cas est tellement atypique qu’elle a été détectée par la mairie de Ouagadougou.

Martine Fayama, 14 ans, a choisi le racolage sexuel comme stratégie de lutte pour la survie à Ouagadougou, la capitale burkinabè. Elle vient ainsi grossir le nombre déjà important de mineurs exerçant «le plus vieux métier du monde» dans les rues des quartiers populaires de la ville. Son cas a été retenu dans l’échantillon d’une étude diagnostique menée par la mairie de Ouagadougou. Au regard de sa «fraîcheur», la jeune Martine est la prostituée la plus convoitée et la plus chère au sein du groupe qu’elle fréquente. Mais sur conseils de Andia, sa logeuse et sa protectrice, – une prostituée de 38 ans, avec 12 années d’expérience dans le métier –, Martine ne choisit que les clients qu’elle croit pouvoir supporter. Dans les alentours du maquis Matata, au quartier Dapoya, et au milieu d’une foule de racoleuses qui «agressent» les passants, la jeune fille, qui porte une tenue décente, se distingue également par sa passivité. C’est Andia qui sélectionne les clients autorisés à l’aborder. Martine n’est pas accessible aux prétendants qui sont d’un certain âge ou qui présentent un certain gabarit physique. C’est aussi Andia qui fixe le «prix». Il faut absolument débourser un minimum de 10 000 FCFA pour se voir accompagner par la petite Martine dans la chambre de passe d’à-côté. Elle coûte donc 5 fois plus chère que ses collègues ayant atteint la majorité et qui «bougent» pour 2 000 FCFA seulement…

L’histoire de Martine n’est pas si différente de celle de beaucoup d’autres jeunes filles qui font le même boulot qu’elle. Sa vie a basculé lorsque ses parents se sont séparés. A 7 ans, Martine débarque à Ouagadougou, entre les bras de sa mère qui y a trouvé un nouveau mari. Mais les multiples bagarres entre sa mère et son père adoptif l’ont contrainte à se refugier chez sa grand-mère dans la zone non-lotie du secteur 28 de Ouagadougou. Adieu l’école ! La petite Martine intègre un groupe d’adolescentes, vendeuses ambulantes de fruits et d’arachides, question de ramener quelques pièces à sa grand-mère, devenue inactive depuis qu’elle a perdu la vue. Au décès de cette dernière, Martine qui s’est sentie complètement oubliée et délaissée par sa mère, trouve refuge chez des amies qui n’étaient autres que des jeunes filles ramenées du village par une sexagénaire. Ces dernières étaient à la recherche de job de domestique dans des familles plus aisées. En attendant de trouver une famille d’accueil, certaines d’entre elles sortaient, de temps en temps, avec d’autres filles du quartier pour aller en ville, dans les maquis, et ne revenir qu’au petit matin, avec le peu d’argent que leur donnaient les garçons avec qui elles acceptaient d’avoir des relations sexuelles.

Aujourd’hui, Martine Fayama n’a que 14 ans et accepte volontiers d’expliquer comment elle est devenue prostituée: «Un soir, j’avais très faim et je ne supportais pas de dormir à jeun. J’ai alors suivi les filles en ville, sur insistance de ces dernières. Un homme marié m’a rencontrée. Il a promis de me donner 2 000 francs si j’acceptais de l’accompagner dans une chambre de passe. J’ai accepté sa proposition. Je n’avais que 12 ans et je n’avais jamais connu d’homme auparavant. Dans la chambre, il m’a déshabillée. J’avais très peur si bien que j’ai pleuré. Il a pris peur à son tour et il ne m’a pas touchée ce soir-là. Il m’a néanmoins donné 1 000 francs et m’a demandé de revenir le lendemain. Quelques jours plus tard, j’ai rencontré le même homme. Il m’a conduit dans la même chambre. Et il a utilisé un préservatif pour coucher avec moi. J’avais très mal et j’ai pleuré de nouveau. Après l’acte sexuel, il m’a donné 2 000 francs. Quelques jours après, on a refait la même chose. Et puis après, j’ai refais la même chose avec d’autres hommes pour de l’argent…».

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