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La vérité prise en otage !

Balla KeitaLe Procureur général de l’époque, Abdoulaye Barry, avait-il menti ? «La gendarmerie est très avancée dans l'enquête», avait-il déclaré, en 2002, devant un parterre de journalistes. Près de dix ans après, rien, absolument rien de nouveau. Ni procès, ni vérité ! Pourtant, la gendarmerie «était très avancée dans l’enquête». Balla Kéïta, ancien ministre ivoirien de l’Education nationale, assassiné dans la nuit du 1er au 2 août 2002, doit être en train de se retourner dans sa tombe. Une forte pression, émanant de la haute sphère politique de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso, a étouffé le dossier.

Balla Keïta a été assassiné, cette nuit-là, dans sa villa, à la Zone du bois, un quartier de Ouagadougou. L’infortuné résidait dans la capitale burkinabè depuis le mois de mars 2001, en tant qu'exilé politique. Presque 10 ans après, cette tragédie n’a toujours pas livré ses secrets. Et on risque de ne jamais savoir la vérité sur cette affaire. En effet, si rien n’est fait, dans quelques mois, l’affaire sera prescrite. Pourtant, dès les premières heures, il y a eu tellement de promesses et d’engagements pour faire la lumière sur les circonstances exactes du drame…

C’est l’oubli total. On n’en parle plus depuis belle lurette. Le dossier moisit dans les tiroirs du procureur. Même les plus farouches défenseurs de la victime semblent avoir été atteints par une «amnésie subite». Tout avait pourtant bien commencé. Dès l’annonce du crime, le dévouement était manifeste pour faire la lumière sur cet assassinat. Les autorités judiciaires du Burkina Faso et de la Côte d'Ivoire s’y étaient résolument engagées. Des enquêtes avaient été instruites et une procédure judiciaire enclenchée. Les auditions se sont succédés; les conférences de presse aussi. Même la France avait, «dans un souci d'effort diplomatique», proposé d'apporter son aide à la réussite de l'enquête. Avec une intrépidité inhabituelle, le procureur général, Abdoulaye Barry, et le ministre de la Sécurité, Djibril Bassolet, se relayaient devant la presse. «La gendarmerie est très avancée dans l'enquête», avait déclaré Abdoulaye Barry, quelques temps après, au cours d’une conférence de presse. Et puis, plus rien. Silence radio.

Que s’est-il passé ? Pourquoi un tel revirement ? De sources dignes de foi, l’instruction du dossier a été bouclée depuis longtemps. On précise même que le cabinet d’instruction N°4 fait un «travail remarquable». Les enquêteurs sont parvenus à des conclusions accablantes pour certaines personnes, vers qui convergent, inéluctablement, de nombreux indices.

Raison d’Etait ?

Il ne restait plus qu'à franchir le dernier pas. Celui de la confrontation au cours d’un procès, afin qu’éclate la vérité. Et patatras ! La machine s’est subitement grippée. Impossible de laisser une telle vérité se manifester ! Une certaine raison d’Etat aurait prévalu. Le contexte sociopolitique et la situation des relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, dans cette période, ont eu raison de la justice. Même si les faits sont plus ou moins clairement établis, la vérité semble avoir été prise en otage. Une entente secrète entre Abidjan et Ouagadougou a voulu que la justice pour Balla Kéïta soit sacrifiée sur l’autel des intérêts politiques. Selon nos sources, les présumés commanditaires de l’assassinat sont à rechercher dans les hautes sphères du pouvoir ivoirien d’alors. Le nom du ministre de la Défense, Lida Kouassi Moïse, est cité à plusieurs reprises. Des échanges épistolaires entre lui et l’attaché militaire à l'ambassade de Côte d'Ivoire au Burkina Faso, le colonel Barnabé Depeu, illustrent, à souhait, sa présumée implication. Il a été par ailleurs établi que six agents avaient été infiltrés au Burkina Faso par Lida Kouassi Moïse. Manifestement, le pouvoir ivoirien ne pouvait échapper en cas de procès. C’est alors qu’ont commencé les grosses manœuvres politico-juridiques entre les deux capitales. Un pacte dont les termes restent, depuis lors, hautement secrets entre dirigeants ivoiriens et burkinabè. Selon certaines indiscrétions, ce «pacte de raison» se résume en ces termes: «Tu renonces à ce que tu tiens contre moi et je renonce à ce que je tiens contre toi». Pendant que les dirigeants burkinabè tenaient en quelque sorte leurs homologues et ennemis jurés ivoiriens d’alors, par cette affaire, ces derniers aussi tenaient les Burkinabè par autre chose. Contexte sociopolitique oblige. Chaque partie avait, comme le veut la maxime populaire, son doigt dans la bouche de l’autre. Il était donc interdit à chacun de donner un coup à l’autre. Il fallait donc se ménager mutuellement et c’est ce qui à prévalu jusque-là.

Mais la donne a changé. Un nouvel Exécutif s’est installé du côté d’Abidjan. Est-on en droit de d’espérer une relance du dossier Balla Kéïta? Pas évident.

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L’histoire

Octobre 2000. A la suite de l’élection présidentielle en Côte d’ivoire, le régime des militaires est balayé. Balla Keïta, proche du Général Robert Gueï, est pris à partie par des soldats. Il est agressé et souffre d’un traumatisme crânien. Il s’exile dans un premier temps en Belgique pour des soins, avant de regagner Ouagadoudou en mars 2001. Il y bénéficie, à ce qu'on dit, d’un «statut de réfugié politique».

En mai 2002, il est nommé secrétaire général de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), le tout nouveau parti politique du Général Gueï. Il n’aura pas le temps de rentrer dans son pays pour assumer les responsabilités liées à ce poste. Son destin était scellé au «Pays des hommes intègres». Dans cette période, Ouagadougou est perçue comme un refuge de militaires en disgrâce et autres opposants au pouvoir ivoirien. C’est dans ce contexte qu’intervient l’assassinat de Balla Kéïta, le 1er août 2002. Selon les échanges épistolaires, en plus de lui, trois autres personnes étaient visées par des assassinats ciblés. Guillaume Soro, le sergent chef Ibrahima Coulibaly (IB), et le caporal Zaga Zaga était sur cette liste noire.

De nombreuses hypothèses, même les plus farfelues, ont circulé au moment des faits. La piste du crime passionnel sur laquelle les auteurs de l’assassinat voulaient mettre les enquêteurs a vite été écartée. En effet, une note écrite probablement par une femme, la dernière personne reçue par la victime ce jour-là, disait ceci: «Tu es séropositif. Tu m’as poignardé dans le dos en me transmettant le Sida, je te poignarde aussi dans le dos…». Des examens médicaux effectués plus tard ont prouvé que la victime était séronégative. A partir de cet instant, la thèse du «crime politique déguisé» était la plus plausible.

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