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Mais où est passé le ministre de la Défense ?

Ministre de la DfensL’affaire commence à faire grand bruit. Et les interrogations fusent, à la recherche de réponses pour le moment introuvables. Le président du Faso, Blaise Compaoré, qui occupait aussi, jusqu’au 23 février dernier, le poste très stratégique de ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants, ne dit absolument rien. Laissant ainsi la rumeur prendre des galons. Pourtant, la situation est très préoccupante. Depuis le remaniement ministériel du 23 février, le «pays des Hommes intègres» est sans ministre de la Défense. Le décret, signé par le Président et son Premier ministre, met fin aux fonctions de ministre de Blaise Compaoré. Jusqu’aujourd’hui, le ministère de la Défense est sans «tête». A quel jeu joue celui que l’on qualifie, dans certains milieux, d’ «enfant terrible de Ziniaré» ? Jusqu’à quand le poste de ministre de la Défense restera-t-il vacant ? Selon nos sources, ce «vide» créé au sein du ministère de la Défense et du gouvernement, a engendré un climat d’incertitudes, donc un manque de sérénité dans certaines sphères de l’Armée. Les stigmates de la crise sociopolitique et militaire qui a émaillé le Burkina dans le premier semestre de 2011, sont en effet toujours perceptibles, à l’image de plaies mal soignées. Après les mutineries, la haute hiérarchie de l’Armée avait pourtant fait le diagnostic de la situation et tenté de recoller les morceaux. Mais dans la mise en œuvre, il y a des couacs. Selon un document transmis à l’Assemblée nationale dans le cadre de l’examen du budget, gestion 2012, et dont Courrier confidentiel a pu obtenir une copie, le commandement déballe de gros problèmes qui attestent que la «grande muette» est vraiment malade et qu’il lui faut impérativement une thérapie de choc. Mais le peut-on dans un ministère sans «tête» ? Bref, voici les 7 travaux d’Hercule que le ministère de la Défense entend abattre… suite aux mutineries de 2011.

1- Rajeunir les effectifs et renforcer la capacité d'encadrement

Concernant ce volet, le document confidentiel du ministère de la Défense commence par un diagnostic: "Le ministère de la Défense a connu au cours de ces dernières années, une relative amorce du renouvellement de son personnel. Toutefois, les efforts accomplis dans le domaine du recrutement restent insuffisants compte tenu des effectifs admis à la retraite et des décès. En outre, la crise qu'a connue le Burkina a fortement secoué les forces armées nationales avec une mutinerie de militaires. Cet état de fait a eu pour conséquence une diminution sensible des effectifs. Notre armée risque d'être fortement limitée dans ses capacités opérationnelles par la faiblesse de ses effectifs et le vieillissement de ses hommes de troupe si des efforts supplémentaires ne sont pas faits dans le domaine des ressources humaines. En effet, une étude sur la pyramide des âges montre une surreprésentation des classes âgées au détriment des classes jeunes et intermédiaires". Il est donc prévu des recrutements afin de compenser les départs à la retraite et les décès mais aussi et surtout la diminution des effectifs due aux radiations de militaires en juillet et décembre 2011 (566 en juillet et 60 en décembre). Sans oublier que d'autres militaires pourraient, selon nos sources, être radiés des effectifs de l'Armée nationale.

Le renforcement de la capacité d'encadrement concernera la formation et l'emploi des cadres militaires. Voici à ce sujet, ce que dit le commandement de l’Armée: "L'emploi du personnel au sein des forces armées exige une série de formations continues, adaptées à chaque catégorie de personnel (cadres et hommes de troupe). Ces formations qui sont toujours sanctionnées par des diplômes ou brevets sont indispensables pour élever le niveau du personnel, mais aussi témoigner de leurs aptitudes à exercer certains emplois ou à assumer certaines fonctions. Le programme ainsi élaboré s'étend du recrutement à la formation des Cadres à travers les écoles d'enfants de troupe et structures d'enseignement secondaire et supérieur."

2- Renforcer le soutien logistique

Gnral Gilbert DiendrVoici, à ce sujet, un morceau du document: "Le soutien logistique dans les armées se compose essentiellement des services de ravitaillement, de maintien en condition et de santé. Le ravitaillement et le transport des troupes au combat se font à partir des véhicules qui composent le parc des armées. Le matériel qui compose ce parc est maintenant vétuste et soumis à une utilisation intensive compte tenu de l'insuffisance du nombre de véhicules utilisés. Malgré les résultats obtenus à travers l'acquisition et la rénovation des engins, le matériel actuel est en deçà des besoins de nos forces. Le devoir d'opérationnalité de nos troupes recommande l'acquisition de véhicules tactiques pour permettre une mobilité des forces en opération. Le programme 2011-2015 s'inscrit dans cette tendance. Les militaires du rang et les sous-officiers ont droit à des dotations en habillements et petits matériels d'équipement. Ces dotations qui sont faites dès l'intégration du militaire sont renouvelées périodiquement en fonction du type de matériel. Les attributions de matériels d'habillement, de campement, de couchage et ameublement sont actuellement réduites au strict minimum malgré l'augmentation arbitraire des durées d'usage, car les crédits budgétaires consacrés à ces charges restent nettement en deçà des besoins exprimés par les formations. Aussi, durant ces cinq dernières années, notre Armée a été obligée de puiser dans son stock de mobilisation constitué depuis les années 80 pour assurer le fonctionnement courant des unités. En plus de cela, les événements de 2011 ont contribué à la déstabilisation de tous les équipements de sécurité. Il est donc nécessaire que des efforts supplémentaires soient faits pour reconstituer le niveau de mobilisation à son seuil opérationnel et satisfaire les besoins courants des unités. En outre, les nouvelles missions que nos forces armées accomplissent lors des opérations de maintien de la paix à l'extérieur du pays exigent que nos troupes soient dotées de matériel complet (type OTAN) et qu'elles soient habituées à leur usage. Les prévisions budgétaires faites pour les trois dernières années tiennent compte de ces données. Par ailleurs, en matière de télécommunication et de transmission, outre les dotations militaires réglementaires, ce programme ambitionne d'équiper par un système de transmission à base de faisceaux hertziens les grands centres militaires du pays. La réalisation de ce projet permettra de réduire les dépenses de téléphone de l'ordre de quatre cent millions à cinq cent millions de francs CFA par an. A titre indicatif, de nos jours, la consommation téléphonique annuelle des forces armées est d'environ 1 000 000 000 de francs par an dont 70% pour les postes de commandement des régions et la portion centrale. Cependant, en raison de la faiblesse des dotations budgétaires, ce poste traîne en longueur". De façon globale, les frais de consommation d'eau, d'électricité et de téléphone, prévus pour 2012-2014, s'élèvent à 3 516 997 000 FCFA.

3- Porter le taux des militaires logés en caserne de 25 à 50% entre 2011 et 2015

Voici ce que dit le document du ministère de la Défense: "La capacité d'une armée à pouvoir rassembler et mobiliser ses troupes rapidement et discrètement, est un atout pour le succès de ses missions. Cette capacité de mobilisation est plus facilement atteinte lorsque l'essentiel de la troupe réside en commun dans une aire géographique bien délimitée. La caserne militaire est aussi le lieu de résidence où le commandement militaire peut mieux assurer et imposer une discipline de vie et une meilleure éducation aux soldats. Communauté de vie entre les hommes et leurs familles, la caserne renforce la cohésion de groupe et offre en général de meilleures conditions de vie et de travail aux hommes. Le constat actuel montre qu'environ 85% des militaires de notre Armée habitent en dehors des casernes. La nécessité d'assurer l'efficacité du service au sein des armées exige donc que ce problème soit résolu de façon particulière. La vie dans les casernes pourra, entre autres, alléger ou faciliter les problèmes de transport ou de déplacement. Des avantages en matière d'hygiène auront sans nul doute des répercussions sur la santé des hommes et leurs familles et diminuer par conséquent certaines charges. Au-delà de ces aspects, il faut aussi noter que le manque de logement oblige l'Etat à verser aux militaires une indemnité de logement dont le montant est de plus en plus élevé au niveau des charges du budget de l'Etat. A long terme, la réalisation des logements permettrait à l'Etat de faire des économies sur le budget. Le programme de construction des logements entrepris en 1998 et financé sur les dépenses communes interministérielles a été interrompu depuis l'an 2000, faute de financement. Cependant, un programme spécial de construction de casernes a été entamé en 2007 avec une allocation de sept milliards cinq cent millions (7 500 000 000) de francs CFA comprenant en partie des logements".

En 2012, le programme spécial de construction de casernes se poursuivra, selon le ministère de la Défense, avec la réhabilitation de la caserne de Dédougou d'un coût de 400 millions de francs. Le document confidentiel précise que "cette réhabilitation fait suite aux constructions de casernes à Fada N'Gourma, Kaya, Tenkodogo et Laongo. Il est également prévu dans le programme d’urgence 2012-2014, la construction de la caserne de Boudry d'un coût de 1 507 000 000 FCFA. En outre, le nouvel immeuble du ministère de la Défense, actuellement en construction, coûtera 1 212 500 000 FCFA.

4- Renforcer les capacités de projection et de défense aérienne du territoire

Honor Nabr TraorSelon le ministère de la Défense, l'armée de l'air est très malade et a besoin urgemment d'une thérapie de choc. Voici le diagnostic fait par le commandement: "La situation actuelle de l'armée de l'air est caractérisée par: - l'état vieillissant des aéronefs et dont certains sont en fin de potentiel depuis 2007; - l'indisponibilité de la flotte par manque de crédits suffisants pour l'exécution des opérations de grandes révisions et d'entretien courant; - le délabrement des infrastructures aéronautiques qui souffrent de manque d'entretien conséquent et de renouvellement. Cette situation avait conduit les autorités, à certaines occasions, à faire appel à des armées étrangères pour assurer le transport de nos militaires devant effectuer des missions humanitaires hors du pays et même pour exécuter certaines missions aériennes sur le territoire national. Pour les années à venir, l'objectif est à l'accroissement notable de l'activité aérienne et de la réalisation des recettes des missions de location. Mais ceci n'est envisageable qu'avec un financement conséquent pour mettre en oeuvre les programmes élaborés dans cet objectif".

Le document précise qu'il est impératif "d'assurer la sécurité des vols par la validation de l'aptitude du personnel navigant. Pour cela, chaque pilote doit effectuer dans l'année un minimum de quarante heures de vols d'entraînement". Selon le ministère de la Défense, "la plupart des infrastructures existantes ont été réalisées il y a très longtemps et ont subi une dégradation progressive qui les rend difficilement exploitables. Pour accroître la capacité opérationnelle du service et assurer la préservation des moyens humains et matériels, d'autres infrastructures sont à réaliser car, malgré son évolution, l'armée de l'air n'a pas bénéficié d'infrastructures supplémentaires. C'est ainsi que le détachement Air de Bobo Dioulasso, installé depuis 1993, fonctionne jusque-là sans le minimum d'infrastructures adéquates, exposant ainsi le matériel à des risques de détérioration. La nouvelle approche vise à transformer le détachement Air en une base aérienne chargée d'abriter les unités de l'Aviation légère. Pour ce faire, la mise en place de nouvelles infrastructures est un préalable. Ce programme (renforcement du soutien logistique), de loin le plus important d'un point de vue financier, est aussi celui dont l'exécution déterminera le visage de l'armée de l'air dans les prochaines années. L'échec de ce programme pourrait conduire notre armée de l'air vers un avenir incertain. Il consiste à mettre à la disposition de l'armée de l'air, les moyens aériens de base nécessaires à l'exécution de ses missions, notamment en procédant à l'élargissement des capacités de projection et en assurant le maintien en bonne condition du matériel existant. Ce programme ambitionne de réduire la dépendance de l'armée de l'air vis-à-vis de l'extérieur en matière de maintenance, en permettant la réalisation de certaines révisions périodiques grâce à l'acquisition de matériels".

5 – Instruire et entraîner les forces armées nationales

Morceau choisi: "Le programme d'instruction et d'entraînement vise à développer ou à maintenir les capacités intellectuelles et physiques des hommes et leur conserver les réflexes du combattant. Tout le personnel doit être familiarisé au matériel en service dans les unités. Cela nécessite l'organisation régulière d'exercices pour maintenir le contact avec le matériel déjà connu, et pour maîtriser l'usage du nouveau matériel".

6- Porter le taux de couverture sécuritaire à plus de 70% en fin 2013

Voici ce que dit le ministère de la Défense: "Face aux besoins croissants des populations en matière de sécurité, le ministère de la Défense ambitionne de mettre en place un dispositif de sécurité permettant une surveillance réelle, préventive et continue sur tout le territoire national. La mise en oeuvre de la nouvelle politique de police de proximité contribuera sûrement à l'atteinte de cet objectif. Mais notre Département est confronté à de nombreuses difficultés qui sont essentiellement: - la vétusté et l'inadaptation des infrastructures; l'insuffisance et le vieillissement des effectifs; - l'insuffisance des moyens roulants; la faible couverture sécuritaire du territoire national". Au niveau de la gendarmerie, il est également prévu le rajeunissement des effectifs. Morceau choisi: "Durant les années 90, les décès et les départs à la retraite sans aucune compensation ont fait chuter les effectifs qui, pourtant, devraient croître compte tenu de l'accroissement démographique et des progrès socio-économiques. Cette absence de recrutement a eu pour conséquence la baisse des effectifs, mais aussi de plus en plus un vieillissement du personnel de la Gendarmerie nationale. Le programme de rajeunissement des effectifs et de renforcement de la capacité d'encadrement vise à redynamiser le service par un renouvellement continu du personnel à travers le recrutement et aussi à accroître le rendement du service par l'organisation des stages pour les cadres du service. L'objectif de porter le taux de couverture sécuritaire à plus de 68% en fin 2013, nécessite l'ouverture de nouvelles unités de gendarmerie qui doivent disposer d'effectifs conséquents et surtout de cadres aptes à assurer le fonctionnement de ces unités. Les effectifs à recruter et les cadres à former prennent en compte ces données ainsi que le déficit des effectifs de personnel au niveau des unités existantes".

Selon le ministère de la Défense, "les brigades de gendarmerie (BT, BR, SR, BPR, PSIG) restent encore confrontées au problème de la mobilité car certaines n'ont aucun moyen de transport et d'autres ne possèdent que des motocyclettes qui sont inadaptées pour leurs missions. Pourtant, l'insuffisance du nombre d'unités à l'heure actuelle et la superficie des circonscriptions territoriales de leur ressort commandent une grande mobilité dans le service. Une des missions principales de la gendarmerie est de renseigner. Pour ce faire, il est indispensable qu'elle puisse disposer de moyens de transmission modernes et d'un fichier central informatisé avec des antennes dans les groupements. La mise en oeuvre du schéma directeur informatique et l'acquisition de moyens de transmission sont donc une nécessité pour l'accomplissement des missions de la gendarmerie".

Ainsi, dans l'objectif d'accroître le taux de couverture sécuritaire, la gendarmerie envisage la construction de cinq brigades par an, des postes de commandement (Compagnie, Groupement, Région) et des postes de surveillance et d'intervention.

7- L'entretien du personnel

- L'alimentation. Morceau choisi du document: "L'alimentation dans les armées revêt une importance particulière en raison de son caractère permanent et de ses répercussions sur le moral et la condition physique des hommes de troupe. Conscient de cette donnée, le commandement militaire s'est, de tous temps, fait le devoir d'assurer aux rationnaires, une alimentation saine, équilibrée, variée et adaptée aux efforts physiques imposés aux hommes. Suite à la crise sociopolitique, la prime globale d'alimentation est passée de 1500 à 1650 FCFA pour compter du 1er janvier 2011. Avec la nouvelle nomenclature, les dépenses d'alimentation ont été transférées au titre II du Budget de l'Etat. Aujourd'hui, avec le phénomène de la vie chère, la Direction centrale de l'intendance militaire subventionne le riz consommé".

- Les prestations sanitaires. A ce sujet, le ministère de la Défense affirme que "ces dernières années, avec la création de la mutuelle des forces armées nationales, la situation sanitaire des militaires a connu une amélioration sensible à tel point que le taux de mortalité a connu une forte baisse. Cette situation ne doit pas occulter les difficultés que vivent les forces armées en matière de santé comme la non-prise en charge des vaccins administrés aux militaires, des soins de premières urgences, des maladies ou blessures dues au service qui, statutairement, constituent des droits du personnel. Le commandement entend accorder une attention particulière à la santé des hommes en mettant l'accent sur la prévention qui se caractérise par: - la reprise de la vaccination: dans ce domaine, le service de santé compte acquérir des vaccins pour les jeunes recrues et les enfants de troupe; - la poursuite de la visite médicale: malgré leurs limites sur le plan médical, les visites médicales des trois dernières années ont révélé la nécessité d'une surveillance périodique pour certains maux. Pour les années à venir, il nous faut poursuivre ces visites par des examens plus étendus". Affaire à suivre.

Hervé D’AFRICK

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