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Ce qu'on ne vous a pas dit !

Ballon-de-footballIls ont donné quelques chiffres pour contenter l'opinion publique. Ils ne veulent pas qu’un jour, on dise qu’ils n’ont pas fait le bilan de la participation des Etalons à la CAN'2012. Ils savent bien que l'opacité qui a entouré la gestion financière de la CAN'98, concernant l'organisation et la participation des Etalons, continue de susciter de folles interrogations. Le bilan financier n'a jamais été rendu public. Cette fois encore, on essaie de créer du mystère autour des chiffres. Ils vous ont dit que 1 006 748 620 FCFA avaient été débloqués, mais qu'après la débâcle des Etalons au premier tour des phases finales de la CAN (3 matches sans aucune victoire), ils sont revenus au Burkina avec environ 400 millions de francs CFA dans la caisse. Mais ils ne vous ont pas tout dit. Notre enquête.

L'entraîneur des Etalons, Paulo Jorge Rebelo Duarte, a reçu, rien que pour la prime de qualification des Etalons à la CAN'2012, 52 476 560 FCFA. Et si jamais les Etalons étaient qualifiés pour les 1/4 de finales, après les matches du premier tour, il aurait empoché 12 000 000 FCFA de plus, à raison de 4 millions par match gagné. Mais dans leurs chevauchées, les Etalons ont dégringolé de fort mauvaise manière. Mettant, du même coup, un terme à leur aventure à la CAN'2012. Ils se sont complètement mélangé les pattes ! Au point de marquer contre leur propre camp. Mais les joueurs ne sont pas les seuls responsables de cette débâcle. Officiels du ministère des Sports, membres de la Fédération burkinabè de football, encadreurs techniques et tous les autres ont précipité, à travers une terrible cacophonie, les Etalons à la défaite. Paulo Duarte, qui entraîne l'équipe nationale depuis 2008, a dû sans doute très mal digérer son limogeage après cette "descente aux enfers" de l’équipe nationale. Jusqu’à présent, il refuse de remettre à la FBF sa tunique d’entraîneur, arguant que son contrat n’était pas encore terminé. En réalité, il est un peu déboussolé. Et à juste raison. Pendant la préparation et la participation effective des Etalons à la CAN, des individus ou groupe d’individus, tapis dans l’ombre et animés par des ambitions malsaines, ont placé des peaux de bananes sur son chemin. Au point que tous les ingrédients étaient pratiquement réunis pour une défaite du Onze national. Du coup, le gros salaire qu'il touchait chaque fin de mois est en train de lui filer entre les doigts. Et il sait bien qu’il lui sera difficile de recoller les morceaux afin de porter, à nouveau, son brassard d’entraîneur. Et de palper ainsi, chaque fin de mois, la vingtaine de millions que le Trésor public lui reversait par le biais du ministère des Sports et des Loisirs. Ce ministère virait en effet, tous les 25 du mois, un salaire de 18 238 817 FCFA dans son compte. Sans oublier de multiples autres avantages dont bénéficiait l’entraîneur. Paulo Duarte était donc dans le beurre. Et bénéficiait de l'argent du beurre, au point de se mirer dans le sourire de la crémière. Si les Etalons avaient remporté la CAN'2012, il se serait fait davantage de fric. Voici ce qui était prévu: prime de victoire pour les matches du premier tour: 12 000 000 FCFA. Et ce n'est pas tout: si l'équipe avait atteint les 1/4 de finales, Duarte aurait reçu une prime de 4 500 000 FCFA, pour un seul match. En cas de victoire en demi-finale (un seul match aussi), 5 000 000 auraient dû être virés dans son compte. Et si, enfin, au lieu de la Zambie, c’était le Burkina qui avait remporté la coupe, l'entraîneur national aurait eu une prime de victoire de 10 000 000 FCFA. Mais comme un papillon ensorcelé par les flammes d’une bougie, l’espoir s’est cramé les ailes et s’est défait à vive allure. Le rêve de Paulo Duarte de palper tous ces billets craquants s’est brisé dès les premières prestations des Etalons. Ils n’ont gagné le moindre match !

Du coup, l’entraîneur a été mis à la touche. Et même prié de plier bagages. La cacophonie actuelle montre bien que le football burkinabè est malade. Et même très malade. Pourtant, chaque année, on y injecte d’importantes sommes d’argent. Et encore plus lorsqu’il s’agit de compétions africaines ou internationales. Mais presque chaque fois, on sert aux citoyens burkinabè une défaite très difficile à digérer. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui se demandent combien de francs ont vraiment coûté la préparation et la participation des Etalons à la CAN’2012. Et pourquoi le ministère des Sports et la Fédération burkinabè de football donnent l’impression d’avoir peur de fournir au contribuable burkinabè tous les détails concernant l’utilisation de ces fonds publics. Il y a une sorte de flou artistique qui semble être guidé par des intérêts malsains. C’est pourquoi, nous avons décidé d’y voir clair. Après plusieurs semaines de recherches, nous avons découvert ce qui s’est réellement passé.

«Suite à notre entretien à Kosyam…»

Yacouba OudraogoVoici les différents épisodes de cette affaire brûlante. 21 décembre 2011. Le ministre des Sports et des Loisirs, Yacouba Ouédraogo, a rendez-vous avec le ministre délégué chargé du Budget, François Marie Didier Zoundi. La rencontre, jugée capitale, n’a pas lieu au ministère de l’Economie et des Finances, mais plutôt à Kosyam, dans le cercle de la Présidence du Faso. A ce rendez-vous, d’autres personnalités sont présentes. Et des instructions sont données, séance tenante, pour un déblocage de fonds pour la participation des Etalons à la CAN. Rien ne devrait donc ralentir la procédure administrative. Ainsi, dès le lendemain, le ministre des Sports écrit au ministre délégué chargé du Budget. Morceau choisi: «Suite à notre entretien du mercredi 21 décembre 2011 à Kosyam, je viens par la présente, solliciter le déblocage de la somme de cent mille (100 000) euros, soit l’équivalent de soixante cinq millions cinq cent quatre-vingt quinze mille sept cents (65 595 700) FCFA. Cette somme sera utilisée pour la réservation de l’hôtel Hilton à Malabo pour l’hébergement des Etalons». Et voici le ministre qui se justifie: «La requête est motivée par le compte rendu de la mission préparatoire qui a fait ressortir d’une part, l’éloignement de l’hôtel identifié par la Confédération africaine de football (CAF) des lieux de compétition et d’autre part, l’état peu accueillant de l’infrastructure». On sait donc que la réservation de l’hôtel Hilton a coûté plus de 65 millions. Même si, dans la pratique, cet hôtel n’a été occupé que le dernier jour avant le retour au bercail des Etalons et des autres membres de la délégation.

La suite, la voici : le 5 janvier 2012, le ministre des Sports écrit, une fois de plus, au ministre délégué chargé du Budget. Il a encore besoin d’argent. Voici ce qu’il a dit dans sa correspondance : «Pour permettre aux Etalons de prendre part activement à cette importante manifestation africaine, un budget de deux milliards cinq cent trois millions cinq cent quarante mille sept cent quatre-vingt deux (2 503 540 782) FCFA a été élaboré et tient compte des différentes phases. La phase préparatoire d’un coût global de un milliard six millions sept cent quarante huit mille six cent vingt (1 006 748 620) FCFA a été entièrement débloqué et l’équipe se trouve actuellement à Yaoundé pour un stage préparatoire. Après cette phase préparatoire, l’équipe doit se rendre à Malabo pour entamer le premier tour des phases finales. Le budget du premier tour des phases finales étant estimé à cinq cent quatre-vingt huit millions quatre cent soixante quatre mille quatre-vingt douze (588 464 092) FCFA, je vous saurais gré des dispositions que vous voudriez bien prendre pour procéder au virement des fonds dans le compte numéro 000144720031 ouvert dans les livres du Trésor sous l’intitulé ‘RA/Ministère des Sport Ouaga’».

Mais, de façon concrète, à quoi ont servi tous ces fonds ? Eléments de réponse: pour préparer le terrain, quatre précurseurs ont été envoyés à Malabo. Leur déplacement et leur séjour ont coûté 12 462 000 FCFA. Voici les détails: transport Ouaga-Malabo-Ouaga : 4 462 000 FCFA, à raison de 1 115 500 FCFA par personne. Pour les frais de mission, chacun a reçu 100 000 FCFA par jour. Ils y sont restés pendant 15 jours. Donc un total de 6 000 000 FCFA. Et ce n’est pas tout : 2 000 000 FCFA ont été injectés dans les «divers et transport interne».

Et il n’y a pas que cela. Le regroupement des Etalons et leur premier stage, organisé à Ouagadougou, du 4 décembre au 3 janvier, a coûté 747 493 722 FCFA. Voici quelques indications: pour le transport de la délégation de certains pays européens et africains vers le Burkina, on a déboursé, pour 30 joueurs, 38 274 000 FCFA. 20 millions ont été, en outre, remboursés aux joueurs pour certaines dépenses qu’ils ont dû effectuer dans le cadre de ce regroupement. Chaque joueur a reçu également, une fois à Ouagadougou, une prime de sélection de 1 500 000 FCFA. Petit calcul : 1 500 000 FCFA X 30 joueurs = combien ? 45 000 000 FCFA. Et ce n’est pas tout: les primes de qualification pour les matches du premier tour de la CAN s’élèvent à 346 869 722 FCFA. A ce niveau, chaque joueur a empoché 8 000 000 FCFA. Donc, au total, 240 millions pour les 30 joueurs retenus. Mais à ce niveau, il y a une polémique. Selon des sources concordantes, on leur a fait signer deux fiches attestant, chacun, qu’ils ont reçu 8 millions de francs CFA. Et cela a créé une confusion monstre. Certains joueurs avaient même refusé de signer la deuxième fiche. Déclarant à qui veut bien les écouter qu’ils n’ont pas reçu deux fois huit millions, donc un total de 16 millions, et ne sauraient, par conséquent, apposer doublement leur signature. Mais sous la contrainte, ils ont fini par signer, sous peine de ne pas recevoir les huit millions. Mais les interrogations persistent. Dans certains milieux, on continue de se demander l’usage qu’on a finalement fait de ces deux documents qui attestent, chacun, un paiement de huit millions. Seize millions en deux tranches de huit millions ? Mystère et boule de gomme.

52 millions en billets craquants !

Paulo DuateeePas de polémique par contre concernant le paiement de la prime de qualification de l’entraîneur titulaire: 52 476 560 FCFA en billets craquants ! Les deux entraîneurs adjoints ont reçu, chacun, selon un document signé par le Directeur de l’administration et des finances du ministère des Sports et des Loisirs, 13 925 097 FCFA; donc un total de 27 850 194 FCFA. Le document précise qu’un autre entraîneur devait recevoir 15 892 968 FCFA et que l’entraîneur adjoint national a, lui, encaissé, la somme de 4 650 000 FCFA. Le médecin des Etalons et le chef du matériel ont aussi bénéficié de la prime de qualification: 2 000 000 FCFA chacun. Un kinésithérapeute, qui devait venir en appui au médecin officiel des Etalons, devait également empocher deux millions. Mais il n’était pas là. Son nom figure cependant sur certains documents qui pourraient laisser croire qu’il a bel et bien reçu les 2 000 000 FCFA. Le ministère des Sports a, lui aussi, octroyé, à chacun des 30 joueurs, une prime d’encouragement de 7 000 000 FCFA. Donc, en tout, 210 000 000 FCFA injectés par ce ministère.

On se souvient aussi que dans le cadre de leur regroupement à Ouagadougou, les Etalons étaient restés à Joly Hôtel pendant quinze jours. 40 personnes y étaient, à raison de 118 000 FCFA par jour et par personne. On aurait déboursé donc, pour ce chapitre, 70 800 000 FCFA si le budget, tel que conçu, a vraiment été appliqué. Un forfait de 300 000 FCFA a été déboursé pour le carburant et les chauffeurs. L’eau prévue pour l’entraînement aurait coûté 1 000 000 FCFA. C’est en tout cas, la somme qui avait été réservée pour cela. Dans l’agenda de la préparation des Etalons, figurent également la location d’un terrain d’entraînement (forfait de 250 000 FCFA), l’achat de produits pharmaceutiques (1 000 000 FCFA) et de tenues de villes pour 40 personnes (14 000 000 FCFA). Et ce n’est pas tout.

Le stage effectué au Cameroun et la sortie à Libreville au Gabon ont engendré de nombreuses dépenses. Là aussi, 25 personnes ont bénéficié chacun de prime de sélection (1 500 000 FCFA) d’une valeur totale de 37 500 000 FCFA. La prise en charge de la délégation a, elle, concerné 35 personnes, à raison de 118 000 FCFA par nuitée et par personne. Donc, au total, 49 560 000 FCFA. Sans oublier, bien sûr, les frais de mission. A ce niveau, le ministre des Sports a reçu 650 000 FCFA pour cinq nuitées. Le chef de délégation, 1 380 000 FCFA pour 12 nuitées. On a aussi prévu, pour deux Cadres du ministère, 1 150 000 FCFA comme frais de mission pour cinq nuitées. Le protocole du ministre des Sports a lui aussi reçu, pour 5 nuitées, la somme de 500 000 FCFA. Il y avait également dans la délégation, deux membres fédéraux et un comptable. Ils ont reçu des frais de mission équivalant à douze nuitées: 3 600 000 FCFA au total.

De source interne au ministère des Sports, il y a eu aussi la location d’un car et d’un véhicule léger à 4 560 000 FCFA. De même que la location d’infrastructures à 20 000 000 FCFA. Sans oublier l’achat de produits pharmaceutiques. Le coût estimatif ? 1 000 000 FCFA. L’achat d’eau pour l’entraînement a été évalué à 750 000 FCFA. Dépenses pour les équipements sportifs: 30 500 000 FCFA.

Concernant la sortie à Libreville, 40 personnes ont été prises en charge pour deux nuitées. Les dépenses effectuées ont été évaluées à 15 742 968 FCFA. A cela se greffe la location d’un car à 800 000 FCFA pour deux jours. De même que la location d’un véhicule léger à 100 000 FCFA. Une prime de victoire de 27 000 000 FCFA devait être attribuée à 27 personnes lors de la sortie à Libreville. Cette sortie aura coûté, au total, selon les estimations du ministère, 43 642 968 FCFA. Mais les organisateurs avaient également prévu un chapitre concernant les «divers» : transport de bagages, pression, maillots, collation: 52 000 000 FCFA. «Une somme trop colossale» selon certains. Sans oublier le transport des Etalons et des supporters. Le stage au Cameroun et la sortie à Libreville auront coûté, au total, 246 792 968 FCFA.

Halte maintenant sur la participation proprement dite des Etalons à la phase finale de la CAN, précisément concernant les matches du premier tour. Billets d’avion des Officiels (ministre des Sports, journalistes et autres invités): 64 773 350 FCFA. Voici, à ce sujet, les détails : ministre des Sports: 2 135 750 FCFA; Cadres du ministère + DTN + FBF (au nombre de six) : 1 035 600 FCFA par personne. Selon le schéma de départ, dix journalistes devaient faire partie de la délégation. Mais à l’arrivée, ils étaient plus nombreux. Les billets d’avion des dix, initialement prévus, auraient coûté 10 356 000 FCFA. Il y a aussi 30 autres personnes, supposées être des invités du ministère et dont on a du mal à véritablement identifier. Montant estimatif de leurs billets d’avion: 46 068 000 FCFA. Le volet communication et prospection aurait coûté 5 000 000 FCFA. Sans oublier les frais de mission. Le ministre des Sports a reçu, à ce titre, 1 560 000 FCFA pour 12 jours. Le chef de délégation, lui, a bénéficié de fonds correspondant à 19 jours: 2 185 000 FCFA. Cadres du ministère des Sports, DTN, FBF (6 personnes, 19 jours): 13 110 000 FCFA. Membres de la FBF et comptable (3 personnes, 19 jours): 5 700 000 FCFA. Journalistes: 100 000 FCFA X 10 personnes initialement retenues X 19 jours: 19 000 000 FCFA. Mais il n’y a pas que cela: 50 supporters devaient également bénéficier de frais de mission, à raison de 100 000 FCFA par jour pendant 14 jours. Donc, en tout, 70 000 000 FCFA. Le protocole du ministre des Sports et des Loisirs a reçu 1 200 000 FCFA pour 12 jours. Les frais de mission, concernant ce chapitre, s’élèvent donc, au total, à 112 755 000 FCFA.

Achat d’eau pour l’entraînement pendant le premier tour des phases finales de la CAN: 1 000 000 FCFA. Même si certains estiment que cette somme a été gonflée à dessein, car la CAF donne déjà de l’eau aux équipes gratuitement. Autre chose: pharmacie et accessoires. Somme prévue: 2 000 000 FCFA. Il était également prévu des honoraires de 3 935 742 FCFA pour un médecin et un kinésithérapeute qui devaient apporter un appui au médecin officiel des Etalons. Mais ces derniers, semble-t-il, n’étaient pas au rendez-vous.

Sur la table des Etalons, était aussi fraîchement déposée une prime de victoire de 4 500 000 FCFA par joueur et par match gagné au premier tour. Ainsi, si les Etalons avaient remporté les trois premiers matches, ils se seraient répartis 337 500 000 FCFA pour 25 joueurs. L’entraîneur titulaire aurait empoché 40 000 000 par match, donc 12 000 000 FCFA; les 4 entraîneurs adjoints, 36 000 000 FCFA (à raison de 3 million par match); le médecin, le kinésithérapeute et le chef du matériel, 1 500 000 FCFA par personne (donc au total, 13 500 000 FCFA). Mais nos «vaillants» Etalons n’ont gagné aucun match. Et l’aventure s’est arrêtée là.

Par Fanta TRAORE

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