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Compaor Blaj«Je n’ai jamais rêvé du pouvoir et je ne m’y accrocherai pas». Ainsi parla le Président Compaoré quelques jours après le coup d’Etat sanglant du 15 octobre 1987. Mais il n’a pas tenu parole. 27 ans après, il est là, indécrottable. Et voici qu’il veut s’éterniser au pouvoir en modifiant l’article 37 de la Constitution. Il avait pourtant juré, à son investiture, en 2010, qu’il respecterait cette loi fondamentale. Fin de mandat donc, 2015. Mais pourquoi notre président ne tient-il pas parole ? Il a décidé de «tordre le cou» à la loi fondamentale, de faire sauter le verrou de la limitation des mandats et d’être encore… Président. Encore et encore ! Le projet de loi introduit à l’Assemblée nationale lui donne la possibilité de s’installer, pendant encore quinze ans, dans le gros fauteuil de la Présidence. Et comme son mandat actuel devrait, selon les dispositions constitutionnelles actuelles, s’achever en 2015, petit calcul : 28 + 5 + 5 + 5 = combien ? 43 ans au pouvoir ? Blaise Compaoré est-il le seul Burkinabè à même de diriger ce pays ? Pourquoi s’accroche-t-il tant à son fauteuil ? Cherche-t-il à sauver sa peau ? Il y a des signes inquiétants pour le Président. Décryptage d’une affaire brûlante. Et très dérangeante.

 

L’affaire Thomas Sankara restera à jamais gravée dans la mémoire de Blaise Compaoré. L’ombre de «Thom Sank» le suit en effet depuis 27 ans. Et il craint probablement d’être rattrapé par l’Histoire. Lorsque les armes ont commencé à crépiter, dans l’après-midi du 15 octobre 1987, emportant Sankara et douze de ses compagnons, Blaise Compaoré a prétendu ne pas être au courant de ce qui se passait. «J’étais malade, dans mon lit, quand j’ai entendu les tirs», a-t-il affirmé. Ajoutant que ce jour-là, il avait le «palu». Au début, il s’est montré très compatissant : «Quand je suis arrivé au Conseil de l’Entente après la fusillade et que j’ai vu le corps de Thomas à terre, j’ai failli avoir une réaction très violente contre ses auteurs. Cela aurait sans doute été un carnage monstre dont je ne serais certainement pas sorti vivant. Mais quand les soldats m’ont fourni les détails de l’affaire, j’ai été découragé, dégoûté. Je suis resté prostré pendant au moins vingt-quatre heures» (J. A N° 1400 du 4 novembre 1987)». Mais était-il vraiment sincère ? Non ! Il a fait un revirement spectaculaire. Le premier communiqué, signé de ses propres mains, révèle qu’il n’était pas si étranger à cet assassinat. Le message radiodiffusé, lu, en son nom, par le Lieutenant Omar Traoré, s’en prend vertement à Thomas Sankara: «Le Front populaire, regroupant les forces patriotiques, décide de mettre fin ce jour 15 octobre au pouvoir autocratique de Thomas Sankara, d’arrêter le processus de restauration néocoloniale entrepris par ce traître à la Révolution d’Août». Et comme si les balles assassines du coup d’Etat ne suffisaient pas, Blaise Compaoré décoche des flèches sur la mémoire de Sankara: «Souvenons-nous que déjà dans la nuit du 4 août 83, le renégat Sankara avait dépêché un émissaire auprès des forces révolutionnaires en marche triomphale sur Ouagadougou pour les dissuader d’engager l’assaut final contre les forces réactionnaires, sous prétexte que Jean-Baptiste Ouédraogo et lui étaient parvenus à un accord. A la faveur des méandres de l’histoire, cet autocrate s’est hissé à la tête de notre Révolution pour mieux l’étouffer de l’intérieur». Et vous croyez que c’est tout ? Non ! Blaise Compaoré tente, avec des mots méchants, de réduire au néant toutes les actions entreprises par Thomas Sankara. Ainsi, du coup, celui qu’il appelait son «ami», son «compagnon», son «frère d’armes» est devenu, à ses yeux, le diable en personne. A l’image d’un coup de poignard qui pénètre le flanc frémissant et fait saigner le cœur, Compaoré lâche cette phrase lourde de sens dans son premier discours après son accession au pouvoir: «Cette haute trahison s’est illustrée par le baffouement de tous les principes organisationnels, les reniements divers des nobles objectifs de la Révolution démocratique et populaire, la personnalisation du pouvoir, la vision mystique quant aux solutions à apporter aux problèmes concrets des masses, toutes choses qui ont engendré la démobilisation au sein du peuple militant». Mais Blaise Compaoré ne se limite pas là : «C’est pourquoi, au plan économique et social, dit-il, nous avons assisté à l’écroulement de notre système productif et à la décadence sociale. Ceci nous menait inexorablement au chaos total». Et le voilà qui, après avoir traité Sankara de tous les noms d’oiseau, donne le coup de poignard final : «Pour arrêter cette dégénérescence de notre processus révolutionnaire, et redonner espoir à notre peuple et à notre patrie, le Front populaire proclame : le Conseil national de la révolution est dissout, le gouvernement est dissout, l’organisation militaire révolutionnaire est dissoute, le Secrétaire général national des comités de défense de la révolution et les commissaires politiques sont démis de leurs fonctions (…)». La suite ? Ils ont voulu effacer les traces. Leur trouvaille ? Sankara est mort de «mort naturelle». C’est écrit, noir sur blanc, sur son certificat de décès.

 

Plainte pour assassinat…

 

27 ans après le coup d’Etat, le Président Compaoré se montre de plus en plus assoiffé du pouvoir. Il tente de s’accrocher autant que possible. Mais l’ombre de «Thomas Sank» continue de troubler son sommeil. La veuve Sankara et ses enfants le tiennent à l’œil. En septembre 1997, une première plainte est déposée sur la table du doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance de Ouagadougou. Elle est signée par Me Dieudonné N’Kounkou. Voici un extrait : «Monsieur le Doyen, à la requête de ma cliente Madame Mariam Sermé, veuve Sankara (…) agissant en son nom propre et aussi ès qualité de représentante légale de ses enfants mineures, Philippe Rélwendé Sankara (et ) Wendyam Auguste Sankara, élisant domicile au cabinet de mon confrère Me Bénéwendé Stanislas Sankara (…), j’ai l’ honneur de déposer entre vos mains, une plainte contre X pour : - Assassinat de Monsieur Thomas Isidore Noël Sankara, survenu le 15 octobre 1987 à Ouagadougou ; - Faux en écriture administrative dans la mesure où l’acte de décès remis à Madame Sankara précisait que son mari était décédé, le 15 octobre 1987, à 16 heures 30, de mort naturelle».

 

Mais le pouvoir met «tout» en oeuvre pour étouffer le dossier. Même lorsque, par la suite, les juridictions de droit commun se sont déclarées incompétentes, et que les plaignants ont saisi le Tribunal militaire, le ministre de la Défense, habilité à signer l’ordre de poursuite, ne l’a jamais fait. Mais l’affaire est toujours d’actualité. Blaise Compaoré qui porte, en plus de sa casquette de président du Faso, celle de ministre de la Défense, aurait pu signer l’ordre de poursuite tant attendu. Mais il sait qu’en le faisant, il se retrouverait, à coup sûr, au creux de la vague. C’est en effet à lui qu’à profité le plus le coup d’Etat. Et si on doit crever l’abcès, il y laissera forcément des plumes. Dormait-il vraiment lorsque les armes ont commencé à crépiter ? Il peut continuer d’affirmer qu’il dormait, qu’il avait le «palu», mais la vérité finira par jaillir. Le politique a beau s’infiltrer dans le palais de Justice et tenté d’étouffer l’affaire, le dossier reviendra, tôt ou tard, en surface. Surtout le jour où il ne sera plus au pouvoir. Est-ce l’une des raisons pour lesquelles Blaise Compaoré tient absolument à s’accrocher à son fauteuil ? Possible.

 

Ce dossier brûlant pourrait également faire tomber certaines têtes qui gravitent autour de lui. Le Général Gilbert Diendéré, l’un de ses plus grands soutiens, fait partie des rares témoins à s’exprimer sur cette affaire. Il a affirmé, dans le livre de Ludo Martens «Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè» qu’il était, ce jour-là, au cœur de l’action. Voici exactement ce qu’il a dit : «Nous savions que Sankara avait une réunion au Conseil à seize heures et nous avons décidé d’aller l’arrêter là-bas… Peu après seize heures, la Peugeot 205 de Sankara et une voiture de sa garde sont arrivées devant la porte du pavillon ; une deuxième voiture de la garde est allée stationner un peu plus loin. Nous avons encerclé les voitures. Sankara était en tenue de sport. Il tenait comme toujours son arme, un pistolet automatique, à la main. Il a immédiatement tiré et tué un des nôtres. A ce moment, tous les hommes se sont déchaînés, tout le monde a fait feu et la situation a échappé à tout contrôle».

 

Mais plusieurs autres témoignages attestent que Sankara n’a pas été le premier à tirer. Et que le coup d’Etat a été savamment planifié et exécuté. Des témoins sont vivants. Ils attendent le moment opportun pour faire jaillir la vérité. C’est pourquoi cette affaire, qui a laissé sur le carreau treize vies humaines le 15 octobre 1987, et entraîné, par la suite, l’assassinat d’autres leaders de la Révolution (Henri Zongo, Jean-Baptiste Lingani et bien d’autres), fait fort probablement peur au sommet de l’Etat. Blaise Compaoré sait que la loi d’amnistie votée par l’Assemblée nationale au profit des anciens chefs d’Etat, pourrait être un jour modifiée. Et les présumés assassins de Sankara conduits à la barre.

 

Assurer la sécurité du Président et de ses proches

 

Cette inquiétude qui grossit, jour après jour, s’est même invitée dans les documents de la «médiation auto saisie», conduite, en février dernier, par l’ancien Président Jean-Baptiste Ouédraogo. Lui et son équipe avaient, en réalité, rencontré au préalable, le Président Compaoré. Ce dernier avait donné sa lecture de la situation nationale. Et fait des propositions de sortie de crise. Il suffit de lire entre les lignes pour comprendre. Certaines mentions qui figurent, en effet, dans les documents de travail distribués à la majorité et à l’opposition, ne sont pas anodines. Morceau choisi: «La médiation a déjà engagé un recours à l’arbitrage de Son Excellence Monsieur le président du Faso et a obtenu des résultats significatifs. Mais cela suppose que celui-ci obtienne des garanties sur sa propre sécurité et celle des siens (…) Il serait donc tout à fait indiqué de ménager une porte de sortie honorable à Monsieur le président du Faso». Et ce n’est pas tout. Il y a ce passage lourd de sens et qui colle bien au contexte politique actuel : «Monsieur le président du Faso sait qu’il n’a plus rien à prouver aussi bien sur le plan national qu’international, après tant d’années de pouvoir. La sagesse lui recommande donc de ne rien entreprendre qui mette en péril la paix sociale et la stabilité de notre cher Faso». Certes, la médiation conduite par Jean-Baptiste Ouédraogo a échoué. Mais Blaise Compaoré n’a pas non plus retenu la leçon : «Rien entreprendre qui mette en péril la paix sociale et la stabilité de notre cher Faso». En voulant, coûte que coûte, faire sauter le verrou de la limitation des mandats, il est en train de mettre le feu aux poudres. Il veut encore rester au pouvoir alors que son mandat s’achève officiellement dans 13 mois. Pourquoi les médiateurs «auto saisis» qui, en réalité, ont échangé avec le chef de l’Etat à trois reprises avant de lancer leur médiation, insistent-ils sur la nécessité d’assurer la sécurité de Blaise Compaoré et de ses proches après 2015 ? Ce dernier se reproche-t-il des «choses» ? A coup sûr, l’affaire Thomas Sankara lui colle à la peau.

 

Mais il n’y a pas que ça. Si le Président Compaoré s’est investi, par le truchement de ses partisans à l’Assemblée nationale, pour qu’une loi d’amnistie soit votée au profit des anciens chefs d’Etat, c’est sans doute parce qu’il y a dans les tiroirs de la République, des dossiers gênants. Et susceptibles, s’ils sont instruits par des juges indépendants, de faire rouler par terre des têtes couronnées. Il y a des signaux rouges qui inquiètent peut-être le Président. Lorsqu’il quittera le pouvoir, des familles de personnes assassinées pendant son «règne» demanderont justice. Elles insisteront, avec force détails, que les dossiers de meurtres, de crimes ou d’assassinats, jusqu’ici pris en otage par la Justice ou des hommes politiques tapis dans l’ombre, soient jugés. Sans oublier bien sûr les crimes économiques qui pourraient terriblement ébranler certains gourous proches du président. Trempés qu’ils sont dans des affaires de détournements, de corruption, etc. Evidemment, pour sauver leurs têtes, ces derniers usent de toute leur influence pour que le patron de «Kosyam» reste dans le fauteuil de président.

 

En réalité, la loi d’amnistie ne concerne que Blaise Compaoré. Il a voulu être à l’abri d’éventuelles poursuites judiciaires. Les autres anciens chefs d’Etat sont décédés, à l’exception d’un seul, Jean-Baptiste Ouédraogo. Mais à notre connaissance, ce dernier n’est pas mêlé à des affaires de haute gravité. Par contre, accéder au pouvoir par un coup d’Etat entraîne, tôt ou tard, des conséquences dramatiques. Surtout lorsque cette accession au pouvoir a été émaillé de sang. Sankara et douze de ses compagnons ont été assassinés. Les familles des Officiers morts, dans des conditions horribles, à Koudougou en fin octobre 1987, suite au coup d’Etat, vont, eux aussi, réclamer justice. Et ça va faire tilt ! A cela se greffe l’affaire Norbert Zongo et bien d’autres.

 

Gbagbo, une menace pour Compaoré ?

 

Et ce n’est pas tout. L’ex-Président ivoirien, Laurent Gbagbo, actuellement dans les geôles de la Cour pénale internationale, a pointé un doigt accusateur sur le Burkina. Il a longuement insisté, lors d’une des audiences, sur le soutien apporté par le Burkina Faso aux rebelles ivoiriens pro-Soro et Ouattara. Et qui ont fini par le déloger du palais de Cocodi. Le pouvoir burkinabè, Blaise Compaoré en tête, est donc dans l’œil du cyclone. Et comme à la CPI, l’affaire concernant les crimes commis en Côte d’Ivoire sera à la barre pendant encore plusieurs mois, Blaise Compaoré, s’il n’est plus président, pourrait se retrouver un beau matin devant cette Cour en tant que témoin.

 

Et là, tout peut basculer. Surtout qu’il y a des précédents fâcheux. Le régime Compaoré est en effet cité dans plusieurs dossiers sales. Il suffit de feuilleter certains rapports du Groupe d’experts des Nations unies ou de certaines organisations de défense des droits humains pour s’en rendre compte. Des exemples ? Il y en a à la pelle. Rapport 2013 de Amnesty International: des «forces militaires burkinabè en uniforme» sont accusés d’avoir «escorté des livraisons d'armes et de munitions jusqu’à leur remise à des membres des Forces nouvelles au cours de la période 2002-début 2003». Au moment donc où la rébellion ivoirienne battait son plein. Selon le rapport, il s’agirait, entre autres, «de fusils d'assaut et des munitions de petit calibre (7,62 x 39 mm à 12,7 x 108 mm)». Et même après 2003, le soutien en armement a continué. Le rapport parle même «d'un soutien à long terme aux Forces nouvelles émanant du territoire du Burkina Faso». Les acteurs burkinabè concernés ont tenté de le faire dans la plus grande discrétion mais le pot-aux-roses a été découvert. «Ils ont retiré les numéros de presque tous les fusils d’assaut», note le rapport. Voici un autre extrait. Rapport 2014 du Groupe d’experts des Nations unies : «Dans le cadre du suivi des enquêtes notées dans son rapport de mi-mandat de 2013 (Voir S/2013/605, par. 30 à 32 et annexe IV), le Groupe a été en mesure de confirmer que les 270 lanceurs de grenades non létales de type AM-600 (37 et 38 mm) et les 270 lanceurs de grenades létales et non létales de type AM-640 (40 mm) et les munitions connexes fabriqués par Condor Non-Lethal Technologies (enregistrée au Brésil) trouvés en Côte d’Ivoire avaient été vendus à l’origine aux services de la Présidence du Burkina Faso en août 2012 (Voir annexe XII) ». La publication de ce rapport a créé une onde de choc à la Présidence du Faso. Le ministre des Affaires étrangères, Djibrill Bassolé, était alors monté au créneau pour tenter de démentir, mais il n’a apporté aucune preuve convaincante. Signe que ce dossier peut revenir en surface après 2015. Et Blaise Compaoré pourrait être dans le viseur. Gbagbo, s’il est coincé par la CPI, pourrait en effet toucher là où ça fait mal pour le régime Compaoré.

 

Et ce n’est pas tout. Rapport 2011 du Conseil de sécurité des Nations unies: «Des preuves solides de transferts d’armes et de munitions destinées aux Forces nouvelles depuis le territoire du Burkina Faso». A partir de 2009, précise le rapport, «les Groupes d’experts qui se sont succédé ont signalé que des armes et des munitions entraient dans le Nord de la Côte d’Ivoire à partir du territoire du Burkina Faso (Voir par exemple S/2009/521, par. 145 à 151). Depuis le deuxième tour de l’élection présidentielle, le 28 novembre 2010, les sources du Groupe ont fourni des informations nombreuses et concordantes faisant état d’une escalade sensible des transferts d’armes». Il y a aussi ce passage digne d’intérêt : «Importations d’armes et de munitions et assistance militaire : de nombreuses sources indépendantes et fiables, dont des éléments des Forces nouvelles, ont informé le Groupe que d’importantes quantités d’armes et de munitions arrivaient du territoire burkinabè (…) Ainsi, lors d’une réunion tenue le 25 janvier 2011, le chef d’Etat-major des Forces nouvelles, le Général Bakayoko, a informé le Groupe que si elles devaient lancer des opérations militaires (opérations qui ont été lancées depuis), les Forces nouvelles recevraient une aide de leurs voisins du Nord, notamment du Burkina Faso. Il est ressorti de conversations entre des membres de la Cellule intégrée embargo de l’ONUCI et des éléments des Forces nouvelles, lors d’une visite effectuée dans le Nord du pays, du 7 au 11 février 2011, que des armes avaient été fournies par le Burkina Faso et qu’un nombre important de militaires burkinabè se trouvaient en Côte d’Ivoire. Enfin, lors d’une réunion tenue le 1er mars 2011, le ministre des Finances par intérim, M. Patrick Achi, a informé le Groupe que les Forces nouvelles recevaient une aide militaire bilatérale du Burkina Faso, du Nigeria et du Sénégal». Tout cela peut-il se passer sans que le chef suprême des armées burkinabè, Blaise Compaoré, ne soit au courant ? Le Groupe d’experts a même rassemblé des preuves accablantes : «En 2011, les informations faisant état de transferts d’armes, de matériel connexe et d’assistance militaire à partir du Burkina Faso n’étaient plus sporadiques mais régulières et nombreuses, en net contraste avec la période 2009-2010. Elles proviennent d’une grande variété de sources, notamment des Forces nouvelles et des ministres du gouvernement de l’actuel président. Il est par ailleurs important de noter que la Cellule intégrée embargo de l’ONUCI et d’autres sources, notamment les militaires, ont fourni des renseignements quasiment identiques». Voici un autre extrait : «En janvier 2010, le Groupe a découvert plusieurs milliers de cartouches 9 x 19 mm (Parabellum) fabriquées par la société serbe Prvi Partizan, que des civils utilisaient à Abidjan. Comme on le verra plus loin, ces munitions sont entrées en Côte d’Ivoire à partir du Burkina Faso». Rapport 2009 du Groupe d’experts : «Deux témoins indépendants et fiables ont fait part au Groupe de transferts d’armes et de munitions à partir du territoire burkinabè vers diverses localités du Nord de la Côte d’Ivoire contrôlées par les Forces nouvelles (…) Ces informations cadrent avec ses propres constatations concernant les fusils d’assaut dont les numéros de série ont été effacés et les munitions en sacs (…). Le premier a informé le Groupe que des parties non identifiées, agissant à l’appui des Forces nouvelles, avaient transporté depuis le Sud du Burkina Faso, par la route, des fusils d’assaut et des munitions de petit calibre (…) Le second témoin a appris au Groupe que des camions à bétail avaient servi à transporter des armes « AK-47 » (de type Kalachnikov) et des munitions du Burkina Faso à Ferkessédougou et de là à Korhogo (…) Les numéros de série de ces armes avaient été effacés avant l’expédition, et tant les armes que les munitions avaient été expédiées dans des sacs à riz».

 

Les autorités burkinabè ont violé les sanctions…

 

Notre Président pourrait donc, si les preuves sont établies, être empêtré dans des dossiers judiciaires. Selon des sources proches du Front populaire ivoirien, le parti de Laurent Gbagbo, ce dernier enclenchera une forte offensive contre les régimes burkinabè et français. Il les accuse d’avoir armé ou fortement soutenu les rebelles.

 

Dans ce contexte, et au regard de la crise qui s’accentue au Burkina, Blaise Compaoré, s’il n’est plus au pouvoir, pourrait-t-il échapper à la Justice internationale ? Pas évident. Il y a de gros boulets à ses pieds. Son nom a été à maintes reprises cité lors du procès contre l’ancien Président libérien, Charles Taylor : trafic d’armes et de diamants. Même en 2000, il avait été fortement épinglé par le Conseil de paix et de sécurité des Nations unies. Les autorités burkinabè ont allègrement violé les sanctions imposées par l’ONU pour tenter de mettre fin à la guerre civile en Angola. Morceau choisi du rapport: «Le Burkina Faso sert de base d’opérations pour les activités externes de l’UNITA en Afrique. Ainsi qu’on l’a dit plus haut, les autorités du Burkina Faso soutiennent directement les opérations de l’UNITA dans le pays en autorisant ses représentants à entrer et sortir du pays librement, en leur assurant une protection officielle et en leur offrant un havre de sécurité où effectuer leurs transactions avec les acheteurs de diamants d’Anvers et d’ailleurs, et en leur fournissant des passeports. Ouagadougou est la base d’opérations du principal responsable des achats et du commerce international de diamants de l’UNITA».

 

Bref. La liste est longue, très longue. Surtout qu’à cela, on peut ajouter les liaisons suspectes des premiers responsables de notre pays avec certains groupes armés du Nord-Mali. Au point que le gouvernement malien a fini par se demander si Ouagadougou était devenue la capitale de l’Azawad. Ces groupes armés, le MLNA en tête, sont dans les bonnes grâces du pouvoir burkinabè. Il se susurre qu’au temps fort de la crise au Nord-Mali, des armes ont été transférées à des groupes armés via le Burkina Faso. Il y a des signes inquiétants. Et visiblement, Blaise Compaoré a une lourde responsabilité dans tout cela. Est-ce pour cette raison qu’il cherche absolument à rester au pouvoir ? La situation d’autant préoccupante qu’au Liberia par exemple, des voix s’élèvent pour demander la tenue d’un procès concernant la guerre qui a décimé ce pays pendant plusieurs années. Motif invoqué : les recommandations de la Commission vérité et justice, censées crever l’abcès et tracer les sillons de la réconciliation, n’ont pas été suivies. Et ont même été, par moments, complètement foulées aux pieds. La zone de turbulences, si l’on considère le dossier judiciaire produit dans le cadre du procès de Charles Taylor et les différents rapports concernant les trafics d’armes et de diamants, n’est pas loin du Président Compaoré.

 

Mais voilà que ce dernier vient de déclencher d’autres feux autour de lui. La crise, du fait de son acharnement à vouloir rester au pouvoir, est en train de s’accentuer au pays des «hommes intègres». Des affrontements sont à craindre. Blaise Compaoré est au cœur du problème. C’est d’ailleurs lui, le «problème». S’il avait respecté la Constitution, son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès, se serait réorganisé et aurait trouvé un candidat pour la présidentielle de 2015. Mais celui qu’on qualifie d’«enfant terrible de Ziniaré» a décidé de faire un «forcing». Et tout semble indiquer, selon sa logique, qu’aucun autre Burkinabè n’est à même de gouverner le pays. Mais plus il avance dans cette aventure périlleuse, plus il sera isolé. Et plus il se cramera les ailes. Si Mamadou Tandja avait Blaise Compaoré en face de lui, il lui aurait certainement craché en plein visage: «Monsieur le Président, vous foncez droit dans le mur». Et si c’était Laurent Gbagbo ? Qu’aurait-il dit ? C’est simple : droit à la CPI ! Affaire à suivre.

 

Par Hervé D’AFRICK

 

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Président jusqu’en 2030 ?

Si l’article 37 est modifié et que Blaise Compaoré, candidat, remporte les trois prochaines élections présidentielles, les enfants nés en 1987, date de son accession au pouvoir, pourraient mourir sans jamais voir une alternance au sommet de l’Etat. Nous serons alors 2030. Ils auront 43 ans. Et tout au long de leur vie, il n’auront connu que Blaise Compaoré comme Président. Ce dernier aura 77 ans. Toujours accroché au gros fauteuil de la Présidence. Mais pas sûr que l’opposition, qui tient mordicus à l’alternance, lui fasse ce privilège. «28 ans au pouvoir, c’est déjà trop. L’heure est à l’alternance», affirme, visiblement convaincu, un farouche opposant au régime Compaoré.

H. D

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