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jugesDéclaration. Depuis le début du mois d’avril 2016, le Syndicat des Avocats du Burkina Faso (SYNAF) a constaté, avec regret l’arrêt, sur toute l’étendue du territoire burkinabè, de la tenue des audiences correctionnelles de flagrant délit, et ce, dans toutes les juridictions du Burkina Faso, en première instance comme en barre d’appel. Il a noté aussi l’arrêt du déferrement des personnes gardées à vue dans les locaux de la police judiciaire ainsi que la suspension des interrogatoires dans les cabinets d’instruction.

Cet arrêt est consécutif à l’arrêt concerté de travail observé par l’ensemble de la Garde de Sécurité Pénitentiaire (GSP), notamment, en ce qui concerne l’extraction et le convoi des détenus dans les palais de Justice d’une part, et le transfert des personnes déférées aux parquets d’autre part.

Les graves conséquences et les plus visibles sont, outre la non tenue des audiences de flagrant délit, le blocage de l’instruction des dossiers des personnes détenues, le débordement des commissariats et brigades de gendarmerie, la mise en danger de la vie et de l’intégrité des personnes gardées depuis des mois ou détenues dans des conditions généralement inhumaines, l’impossibilité de recevoir et traiter efficacement de nouvelles plaintes, le cumul des dossiers dans les juridictions, les retards anormaux dans le traitement des dossiers, et plus globalement le gel des procédures judiciaires pénales, etc. Concrètement, les milliers de personnes déférées dans les maisons d’arrêt depuis avril 2016 n’ont même pas accès au juge et autant de personnes gardées à vue dans les locaux de la police judiciaire ne peuvent voir leur situation examiner par une autorité judiciaire en vue d’apprécier la pertinence des motifs de détention ni même la nécessité de cette détention.

Curieusement, et cela est étonnant, le gouvernement ne dit rien. Il se montre manifestement incapable à résoudre ce grave problème. Pis est, il semble totalement indifférent à la situation inhumaine qui prévaut dans les prisons et dans les locaux des commissariats et brigades de gendarmerie, quand il ne se borne pas à faire des conférences médiatiques autour des tentatives de mutineries, qui ne sont que la conséquence habituelle et ordinaire de la détérioration des conditions de détention.

Faut-il attendre d’aller en prison soi-même pour savoir que les détenus sont victimes d’une surpopulation carcérale des plus monstrueuses, surtout que cette surpopulation était déjà hors normes, même avant la grève des GSP ? La surpopulation carcérale, faut-il le rappeler, entraine une concentration dans les cellules, aggrave les conditions déjà exécrables de détention, notamment le manque d’aération, le manque d’eau, de telle sorte qu’elle occasionne des décès et de nombreux cas de maladies sévères. Dans le contexte burkinabè, la situation est d’autant plus préoccupante que les locaux de détention sont d’ordinaire vétustes et insalubres, abandonnés qu’ils sont, par les gouvernants qui les considèrent à tort comme étant des lieux occupés par des personnes déchues de leur droits.

C’est dire que l’on ne peut comprendre ni admettre le mutisme ou l’indifférence de l’Etat, principalement les autorités présidentielles, ministérielles et judiciaires directement concernées. C’est à croire qu’elles n’ont ni les moyens ni la volonté d’assurer aux populations un service public de la justice qui soit à la fois permanent, continu et optimal, dans le respect des lois. Que peuvent-elles alors ?

Une telle démission face à leurs responsabilités et rôles est inacceptable, car devant solidairement concourir à l’effectivité des droits fondamentaux dont le droit au juge. le SYNAF appelle en particulier les autorités dont dépend directement la solution de la GSP, principalement le Ministre de la Justice, le Ministre de la Sécurité ainsi que le Président du Faso à prendre toutes les dispositions afin d’offrir aux citoyens burkinabè les conditions élémentaires d’un accès réel et pérenne à la justice conformément aux lois en vigueur au Burkina Faso, encore que le jeune serment du Président du Faso n’a pas cessé de retentir, lui qui a juré de « tout mettre en œuvre pour garantir la justice à tous les habitants du Burkina Faso » (article 44 de la Constitution).

Si donc cela n’était pas possible, il revient aux juges d’instruction, aux procureurs compétents, aux juridictions de jugement de constater les détentions arbitraires collectives et massives et d’ordonner, le cas échéant, la mise en liberté des personnes illégalement détenues sans jugement ni instruction dans les Maisons d’arrêt d’une part et illégalement gardées à vue depuis des mois dans les commissariats et brigades de gendarmerie d’autre part.

C’est pourquoi, le SYNAF :

1-Dénonce avec la dernière énergie les détentions illégales et arbitraires collectives et massives dont sont victimes des milliers de personnes depuis plusieurs mois dans l’indifférence totale des plus hautes autorités de l’Exécutif et du judiciaire ;

2-Dénonce l’incapacité notoire et manifeste du gouvernement à faire cesser cette situation sans qualification ;

3-Rappelle à tout usager victime ou susceptible d’être victime de cette situation qu’il est lui est loisible par ailleurs d’explorer toutes voies de droit, y compris la saisine des juridictions internationales afin d’obtenir non seulement la libération de leurs proches mais aussi pour que soit réparé le préjudice dont il aurait souffert.

4- Appelle les avocats à prêter leur expertise à tout usager qui entreprendra les actions propres à contraindre par les voies de droit, l’Etat du Burkina Faso en toutes ses composantes à assurer le droit d’accès à la justice.

Défendre, se défendre et toujours servir

P/ Le Bureau Exécutif

Le Secrétaire Général

Batibié BENAO

Avocat à la Cour

syndica jugeDéclaration. Depuis un certain temps, la justice burkinabè est au centre d’une cabale tendant à la dénigrer afin d’atteindre un objectif inavoué : celui de restaurer la présidence du Chef de l’Etat et la vice-présidence du ministre de la justice au Conseil supérieur de la magistrature. Les actions préparatoires sont, entre autres, constituées par la manifestation devant le palais de justice de Ouagadougou autorisée par les autorités administratives et les graves déclarations des premiers responsables de notre pays.

Concernant la manifestation, les acteurs du monde judiciaire ont eu la désagréable surprise de constater qu’une autorisation avait été donnée à l’Association pour la promotion de la démocratie et de la participation citoyenne dirigée par Mme LOPEZ/ZONGO Safiatou par la délégation spéciale de la commune de Ouagadougou pour contester les décisions de liberté provisoire de certains inculpés du tribunal militaire de Ouagadougou. A l’occasion de cette manifestation téléguidée qui a eu lieu le jeudi 02 juin 2016, Mme LOPEZ/ZONGO Safiatou a déclaré que : « ça nous fera mal que le palais de justice connaisse le même sort que l’Assemblée nationale mais si la justice ne nous donne pas le choix, on n’aura pas le choix ».

Cette manifestation est intervenue après une sortie médiatique du ministre de la justice à l’occasion de laquelle il a déclaré qu’il y a la loi mais que les juges doivent tenir compte des aspirations du peuple comme s’il était alors impossible au pouvoir politique de faire prendre en compte cette préoccupation en légiférant simplement pour imposer au juge de rendre la décision la plus « populaire » qui puisse être lorsqu’il est saisi.

Concernant les réactions des plus hautes autorités de l’Etat, les acteurs judiciaires ont suivi avec beaucoup d’étonnement les propos de Monsieur Salifou Diallo, Président de l’Assemblée nationale, lors de la formation des jeunes du MPP sur les valeurs de base de la social-démocratie (du 03 au 05 juin 2016) qui disait notamment que : « on ne quittera pas le pouvoir des armes pour tomber dans le pouvoir des juges. Nos juges sont devenus des affairistes et pour que notre justice soit sociale et équitable, il faudrait qu’à la prochaine révision constitutionnelle, on mette des garde-fous afin que celle-ci réponde aux aspiration de notre peuple ».

S’agissant de son Excellence Monsieur le Président du Faso, lors de son dernier voyage à Dakar le 03 juin 2012, il a déclaré face à nos compatriotes vivant au Sénégal que :  « je voudrais simplement vous dire que lors de la transition, il a été décidé de réformer la justice pour la rendre indépendante, en retirant du Conseil supérieur de la magistrature le président de Faso et le ministre de la justice, parce qu’on considère que la présence de ces deux-là empêche l’indépendance de la justice. Aujourd’hui, au plan de la justice, les décisions qui se prennent là-bas, nous n’y sommes pas impliquées. Malheureusement, lorsqu’on a des gens en liberté provisoire, la tendance c’est de dire que c’est le gouvernement qui a dit de les libérer, or, nous-mêmes, on apprend les décisions comme tout le monde. C’est dire que sur le plan de l’application de ce que nous avons appelé l’indépendance de la justice, je crois qu’aujourd’hui, chaque burkinabé comprend pourquoi il est nécessaire que le Président du Faso et le ministre de la justice soient au Conseil supérieur de la magistrature. Parce que si vous avez un Etat où la magistrature est son propre patron, cela peut créer beaucoup de problèmes. Et je crois que lors des discussions constitutionnelles pour le passage à la 5ème République, ce seront des questions qui seront revues, au regard de la réalité et l’applicabilité sur le terrain ».

Cette position a été reprise lors de son séjour aux Etats Unis d’Amérique où le Président du Faso est allé au-delà de ses premières déclarations en regrettant, contre toute attente, de s’être vu opposé le secret de l’instruction et l’indépendance du juge lorsqu’il a, suivant ses propres mots, convoqué les juges du tribunal militaire pour lui rendre compte de l’état du « dossier Sankara ».

Au regard des différents actes et propos susvisés, les syndicats de magistrats voudraient rappeler que le programme politique du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP), parti au pouvoir, ainsi que le pacte national pour le renouveau de la justice issu des états généraux sur la justice dont le MPP est signataire, consacrent la nécessaire indépendance du pouvoir judiciaire.

Se dédire en si peu de temps et alors même que la mise en place des organes issus de la déconnexion du Conseil supérieur de la magistrature de l’exécutif est toujours  en cours et ne permet donc pas en l’état de juger de l’efficacité de ces réformes pour les revoir éventuellement, laisse songeur.

Sauf à dire qu’ils doivent être impliqués dans la prise de décisions, on ne voit pas quel est le rapport entre la critique faite à des décisions de justice, de surcroît du Tribunal militaire qui ne relève pas du Conseil supérieur de la magistrature, et le retour du Président du Faso et du ministre de la justice au sein dudit Conseil.

Du reste, au sujet des dernières décisions, le pouvoir politique dans sa communication met sur la place publique des éléments tellement inexacts et erronés que les syndicats de magistrats ne peuvent s’empêcher de penser que c’est  à dessein.

En conséquence de ce que sus relevé, les syndicats de magistrats invitent les gouvernants du moment :

  • à s’entourer du maximum d’informations possibles, et à l’issue, à avoir le courage d’une communication vraie à la fois en droit et en fait;
  • à maintenir la parole donnée quant à l’avènement d’une justice indépendante et à la traduire dans leurs actes et propos. A ce sujet, la qualité des échanges portant sur leurs décrets, mais également sur l’indépendance de la justice envisagée d’une manière plus globale, que les syndicats de magistrats ont eus à une époque plus ou moins récente avec le Président du Faso ne semblait pas pouvoir laisser entrevoir l’éventualité du débat en cours;
  • à se souvenir enfin que l’un des maître-mots de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 était l’avènement d’une justice indépendante, et plus particulièrement, l’avènement d’une justice soustraite de toute emprise politique.

Les syndicats de magistrats n’ont pas envie d’une incompréhension permanente avec le pouvoir politique mais ils refuseront toujours avec la dernière énergie que l’indépendance de la justice, au lieu d’être renforcée, puisse être remise en cause.

Non à des juges acquis !

Non à des juges faciles et dociles !

Non à une justice servile !

Oui à une justice indépendante au service de tous ! 

Ouagadougou, le 10 juin 2016

Le Secrétaire Général du  Syndicat des Magistrats Burkinabè

Christophe COMPAORE

Le Secrétaire Général du Syndicat Burkinabè des Magistrats

Moriba TRAORE

Le Secrétaire Général du Syndicat Autonome des Magistrats du Burkina

Antoine KABORE

upc logoPeuple du Burkina Faso,

La justice de notre pays traverse les pires moments de son histoire. Le brave peuple burkinabè a marqué son désaccord total avec la mal gouvernance, la corruption, l’impunité, l’injustice et la démocrature en mettant fin au régime de Blaise COMPAORE,  les 30 et 31 octobre 2014. Des élections couplées présidentielles et législatives ainsi que celles municipales ont été organisées pour un retour à la normalisation des institutions républicaines et la consolidation de notre démocratie.

L’espoir d’une justice indépendante était né avec la réouverture sous la transition, des dossiers Thomas SANKARA et Norbert ZONGO qui étaient venus rappeler aux adeptes de l’amnésie que l’impunité était à jamais bannie au Burkina.

C’est dans ce même élan que les anciens dignitaires du régime COMPAORE poursuivis pour malversations dans la gestion de la chose publique ont été pris dans les mailles de la justice et leurs dossiers sont dans des cabinets d’instruction.

De même, des procédures judiciaires ont été engagées contre X dans le cadre de l’affaire dite des « victimes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 » et contre les commanditaires, auteurs et complices du coup d’Etat du 16 septembre 2015.

Cependant, six mois après l’installation du régime du Président Roch Marc Christian KABORE, notre parti est fortement inquiet de la situation de la Justice, en raison des dérives dangereuses qu’il constate. En effet, les différentes déclarations et manœuvres du nouveau régime, la lenteur constatée dans le traitement de certains dossiers emblématiques, et les immixtions graves observées dans certaines procédures, nous inquiètent profondément quant à la volonté réelle de ceux qui nous gouvernent, de rester en phase avec les aspirations de notre peuple. Un malaise judiciaire s’est installé dans notre pays, nourri par le traitement réservé à plusieurs affaires qui étaient au cœur des plus grandes mobilisations citoyennes de notre histoire. En seulement six mois de gestion des affaires publiques, il est aisé de constater que notre  pays s’écarte des principes qui fondent l’Etat de droit et la bonne gouvernance.   L’on assiste à des « catastrophes » judiciaires qui achèvent de convaincre que notre justice marche à pas forcés et à reculons.

• Les affaires Thomas SANKARA, Norbert ZONGO : qui bloque ces dossiers ?

Il y a de cela plusieurs décennies que Thomas SANKARA, Norbert ZONGO et leurs  compagnons d’infortune attendent que justice leur soit rendue. La transition est venue donner espoir au peuple en rouvrant ces dossiers. Cependant, depuis l’avènement du « nouveau-ancien » pouvoir, ces dossiers semblent renvoyés aux calendes grecques et « plus rien ne bouge ». Qui bloque les dossiers ? Certains anciens défenseurs de ces dossiers ont même choisi le chemin du raccourci, abandonnant « veuves et orphelins » à leur sort.

Ces deux dossiers ont  nourri  l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 ayant abouti à la chute du régime COMPAORE, et les autorités actuelles doivent comprendre  qu’elles ne pourront jamais les enterrer.

Il est temps que ces dossiers connaissent un dénouement. Or, notre inquiétude est d’autant plus grande que certains acteurs de notre  vie politique n’ont pas forcément intérêt à ce que la vérité se sache dans cette affaire Thomas SANKARA. Avant d’être physiquement  assassiné par un commando dont il ne sera pas difficile d’identifier les commanditaires, Thomas Sankara a d’abord été politiquement assassiné par certaines composantes du CNR dont des membres éminents animent toujours notre vie politique. Le complot est donc plus profond qu’il n’y parait, et la vérité pourrait emporter beaucoup de monde. C’est sans doute pour cela que le dossier tourne en rond.

Un autre  dossier  « séculaire » qui attend jugement depuis plusieurs années et qui avait  connu un début de dénouement sous la transition avant de s’étouffer sous le régime de nouveau-ancien pouvoir, est sans doute celui Norbert ZONGO et ses compagnons d’infortune. Un espoir était né pour les victimes et l’ensemble du peuple burkinabè qui réclament justice. Cependant, depuis l’arrivée au pouvoir de Monsieur Roch Marc Christian KABORE, les « catastrophes » judiciaires se sont multipliées et l’on assiste à des comportements inadmissibles et intolérables.

Le peuple doit rester vigilant et être  aux aguets afin que ces dossiers connaissent enfin un dénouement judiciaire rapide. Justice pour Thomas SANKARA ! Justice pour Norbert ZONGO ! Justice pour leurs compagnons d’infortune ! Justice pour tous les martyrs!

• Les martyrs de l’insurrection et du putsch : le silence coupable !

Le combat du peuple contre l’impunité, pour la démocratie et la bonne gouvernance a coûté un lourd tribut. De nombreuses personnes, jeunes pour la plus part, ont trouvé la mort, fauchés par les balles de la soldatesque du régime COMPAORE, afin que notre patrie soit libre. Depuis lors, leurs parents, leurs proches et tous les Burkinabè s’impatientent et réclament vérité et justice. Or le dossier piétine ! Qui fait obstacle ? Dans quel but ?

Le traitement de ce dossier est plus que jamais urgent et notre parti regrette que la transition ne lui ait pas accordé toute l’attention qu’il méritait. Aujourd’hui, un dossier plus récent comme celui du putsch du 16 septembre 2015 semble paradoxalement plus avancé, puisque le ministre de la justice annonce un procès avant décembre  2016.

Des moyens conséquents ont-ils été donnés aux cabinets d’instructions saisis de ces dossiers pour accomplir leurs missions avec célérité et professionnalisme ? Dans tous les cas, le gouvernement, dont la mission première est de procurer la sécurité et la justice aux populations est fortement interpellé sur ce sujet. Le peuple s’impatiente et notre parti s’indigne devant ce silence coupable.

• L’annulation des mandats d’arrêt par la cour de cassation : scandale judiciaire

Le putsch manqué du 16 septembre 2015 a conduit à l’émission de mandats d’arrêt contre des « cerveaux » en fuite ou résidents à l’étranger, par la justice militaire. Mais l’évolution récente du dossier laisse songeur.

Ainsi, la Cour de cassation, plus haute juridiction nationale, a été saisie d’un pourvoi relatif à la régularité querellée de mandats d’arrêts émis par la justice militaire dans le cadre de la procédure du putsch de septembre 2015, contre les fugitifs. Dans cette affaire, la Cour a rendu deux décisions incongrues et ambivalentes qui troublent manifestement la quiétude du peuple burkinabè qui a soif de justice. D’abord dans un premier temps, elle a rendu une décision de rejet dans la matinée du 28 avril 2016 ; ensuite, dans la même journée, elle est revenue dans des conditions très floues et incompréhensibles, sur sa décision pour dire que le pourvoi était bien fondé et a par conséquent, annulé les mandats querellés. A ce jour, aucune explication n’est donnée, ni par la Juridiction concernée, ni par le ministère de la Justice, ministère de tutelle. Ces volt face, sont d’une extrême gravité et n’honorent pas la Cour de cassation,  qui est la plus haute juridiction nationale.

Face au tôlé et à l’indignation  provoqués par ce scandale, le Directeur de la justice militaire s’était empressé de rassurer que de nouveaux mandats allaient être réintroduits « très rapidement dès le mardi 3 mai ». A ce jour, nous sommes toujours dans l’attente.

On l’aura compris, le traitement par voie « diplomatique » de l’affaire des mandats d’arrêt  promis par le Président Roch Marc KABORE à son homologue ivoirien a donc été un franc succès : la justice burkinabé a « diplomatiquement » annulé les mandats querellés.

Le récent déplacement d’une délégation gouvernementale à Abidjan, dont le Président de l’Assemblée nationale, semble bien confirmer que nos autorités vont sacrifier notre justice sur l’hôtel de la diplomatie et d’une prétendue  réconciliation nationale.

• Les remaniements à la justice militaire : « la quête des juges faciles ou acquis»

Alors que l’on n’avait pas encore fini de dénoncer le scandale dit des mandats d’arrêt annulés par la cour de cassation, que le gouvernement, comme pour siffler la « fin de l’indépendance retrouvée » de la justice militaire, prenait des décrets mettant fin aux fonctions de trois magistrats en charge du dossier du coup d’Etat : deux juges d’instruction et le commissaire du gouvernement près ce tribunal. Cette intrusion de l’exécutif dans les fonctions judiciaires n’est rien d’autre qu’une atteinte grave à l’indépendance de la justice. Quel message les autorités ont-ils voulu donner aux acteurs de la justice, les magistrats, si ce n’est l’aveu d’injonction, de subordination et de soumission du pouvoir judiciaire à la volonté du pouvoir politique ?

Ces décisions constituent une intrusion grave et inacceptable de l’exécutif dans les fonctions judiciaires.

En effet, au sens de l’article 20 du code de justice militaire, lorsque des personnes non militaires sont impliquées dans des affaires pendantes devant la juridiction militaire, des magistrats civils peuvent être nommés aux fonctions de ministère public et de juge d’instruction.

Pour garantir leur indépendance, le code de justice militaire prévoit qu’ils sont nommés par décret pour un (01) an et ne cessent leurs fonctions « que lorsqu’il a été procédé à un renouvellement ».

En l’espèce ces décisions mettant aux fonctions de ces magistrats ne reposent sur aucun fondement légal. Elles visent tout simplement à écarter de la gestion de ce dossier des magistrats visiblement "non acquis" en vue de contrôler et de régler "diplomatiquement" et non judiciairement  le dossier du coup d’Etat.

Pour s’en convaincre, le Ministre de la justice, répondant à une question qui lui a été posée sur cette ténébreuse affaire,  a laissé entendre que le Président du Faso souhaite avoir des « juges avec qui il peut travailler facilement » donc des « juges faciles ». Or, c’est cette génération de « juges faciles »  ou « acquis » que le peuple burkinabé, notamment sa jeunesse, a combattu sous le régime  COMPAORE, qu’il a renversé par l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014. Ce retour aux anciennes pratiques judiciaires achève de convaincre,  même les plus optimistes, que le pouvoir actuel ne peut répondre à la soif de justice du peuple burkinabè.

• La libération des anciens dignitaires du régime COMPAORE, « rumeur d’un complot »

Des personnes arrêtées dans le cadre du putsch et pour des faits de malversations dans la gestion des deniers publics sous l’ancien régime, ont été libérées pour la plupart dans des conditions que l’on ignore et sans que la moindre explication ne soit donnée au peuple. Si la justice est vraiment indépendante et gère les dossiers en toute indépendance, c’est le droit du peuple d’être informé sur les affaires d’importance capitale et pour lesquels il a payé de son sang. Les conséquences douloureuses de l’insurrection et du putsch manqué sont encore très vivaces pour que, par inadvertance, des bourreaux soient mis en liberté sans qu’aucune explication ne soit donnée au peuple. La justice semble d’ailleurs être très loquace au moment des  arrestations, mais curieusement muette au moment des libérations. Si après enquête, il s’avère que rien n’est reproché aux personnes détenues, que la justice le fasse savoir haut et fort afin que leur honneur soit lavé. S‘ils sont coupables, qu’elle le dise aussi.

Certes, nous convenons que la détention doit être l’exception, et nous saluons toute mesure de liberté provisoire réellement fondée. Ce que nous redoutons, c’est que notre justice ne devienne un instrument de « deal politique », de chantage aux mains des puissants du moment. Or, dans ce contexte, il se murmure des tentatives d’arrangements  entre le parti au pouvoir (MPP) et certains dignitaires de l’ancien régime incarcérés ou susceptibles de l’être.

Déjà à l’approche des élections municipales, des maires avaient été élargis et certains d’entre eux se sont retrouvés à battre vigoureusement campagne pour le MPP.  Des menaces à peine voilées sont proférées à l’encontre de certains anciens ministres, que l’on intimide ainsi pour acheter leur passivité. Un des objectifs du MPP, serait de ramener à lui certaines franges du régime défunt. Cela permettrait d’élargir la majorité présidentielle, de ne plus rien devoir au PAREN, à l’UNIR/PS et autres RDS, et surtout, d’affaiblir le Chef de File de l’Opposition.

C’est un  complot dangereux synonyme de « vente » de la lutte de plusieurs années. Alors que nous n’avons même pas encore fini de pleurer nos morts, les victimes de l’insurrection, du putsch manqué et de manière générale les victimes du régime COMPAORE, voilà que le « nouveau-ancien » pouvoir compromet dangereusement les acquis du peuple en nouant des  pactes  avec les bourreaux du peuple victime.

C’est pour cela que notre parti exhorte vivement le gouvernement à mettre à la disposition de la justice tous les moyens dont elle a besoin pour que les procès se tiennent le plus vite possible, qu’il s’agisse des accusations de détournements, ou du putsch du 16 Septembre. De tels procès  permettront à  tout le monde de dire sa vérité et le peuple sera situé. Autrement, on nage dans une floue artistique source de toutes les combines possibles, toute chose qui ne fait ni l’affaire des prévenus, ni celui du peuple burkinabè.  Autrement, à cette allure il ne serait pas du tout étonnant que l’on nous serve une farce judiciaire, pour protéger des intérêts insoupçonnés.

Des signaux doivent être donnés dans le sens de la lutte contre l'impunité, la corruption et la mal gouvernance électorale. La quête d'une nouvelle gouvernance fondée sur la transparence, l'intégrité, la probité, le sens de responsabilité et la reddition de compte, doit être poursuivie afin d'imprimer la marche à suivre aux autorités qui président aux destinées de la nation.

Ces questions interpellent tous les acteurs, qu'ils soient politiques, civiles ou militaires.

Mobilisons nous contre l'instrumentalisation de notre justice !


Ouagadougou, le 06 juin 2016


Le Secrétariat national chargé de
la justice et des droits humains de l’UPC

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