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tomasLa veuve du Leader de la Révolution d’Août, Mariam Sankara, décrypte le travail révolutionnaire des années 80. «Les chantiers ouverts par le Président Sankara sont d’actualité et demeurent des thématiques irréversibles. De par sa jeunesse, le Président Sankara apparaît, avec du recul, comme un innovateur qui cherche en permanence, avec le peuple, à mettre en cause l’ordre établi par les puissants pour redéfinir un autre ordre visant à protéger et à responsabiliser les plus faibles». Voici un extrait de ce qu’elle nous avait dit, en novembre 2014, après la chute de Blaise Compaoré. Propos dignes d’intérêt à l’occasion de la commémoration de ce tout premier 15-Octobre post-insurrection.

 

«C’est une œuvre gigantesque qui a été produite dans un contexte gangréné par la corruption. L’institution étatique se caractérisait par une mauvaise gestion des affaires du pays. Le fait d’avoir baptisé le pays «Burkina Faso» anciennement appelé Haute Volta était loin d’être un slogan.

 

Il s’agissait de changer les comportements, les agissements des citoyens par les valeurs éthiques. Le changement de comportement étant lui-même une des conditions du développement et du changement social. Sur ce terrain, le Président Sankara n’a pas hésité à montrer l’exemple.

 

Pour amener la société à bouger, il a encouragé les Burkinabè à oser inventer l’avenir par la promotion d’idées novatrices. Il a initié au Burkina des actions telles que le développement durable, plus particulièrement la lutte contre la déforestation, la participation accrue des femmes dans les sphères de prise de décision, la lutte contre l’excision, la valorisation et la consommation des produits locaux. Il n’a pas hésité à faire bouger les lignes dans les relations hommes-femmes : le respect mutuel et la gestion commune des affaires familiales.

 

Il était également attaché au développement des relations Sud-Sud, à l’intégration politique et économique de l’Afrique, à l’indépendance de l’Afrique, au changement de la nature des relations Nord-Sud, encore marquées par l’exploitation des ressources minières et agricoles du continent au profit des firmes multinationales.

 

Le Président Thomas Sankara était passionné de culture. L’art, la musique, le théâtre et le cinéma étaient des domaines également importants de sa politique.

 

Bref, les chantiers ouverts par le Président sont d’actualité et demeurent des thématiques irréversibles. De par sa jeunesse, le Président Sankara apparaît, avec du recul, comme un innovateur qui cherche en permanence, avec le peuple, à mettre en cause l’ordre établi par les puissants pour redéfinir un autre ordre visant à protéger et à responsabiliser les plus faibles (…)

 

La démocratie pluraliste est une nouvelle donne où le modèle sankariste n’en demeure pas moins une alternative en termes de mieux-être de la population. Dans un Burkina en crise, gangrené aujourd’hui par la corruption, le message de Sankara suppose que le recours aux valeurs éthiques (l’intégrité, l’honnêteté, la justice, la dignité, la confiance, la solidarité…) soit une modalité de transformation économique, de perfection de la qualité des relations sociales, de responsabilisation du citoyen vis-à-vis de la société et de son environnement naturel (écosystème). Ce postulat de base replace Sankara au cœur des nécessaires mutations actuelles du Burkina en particulier et de l’Afrique en général.

 

Car il s’agit de produire et de renouveler de façon responsable et pérenne les ressources naturelles en vue de la satisfaction des besoins des populations actuelles sans mettre en danger les générations futures. En cela, Sankara apparaît comme l’un des précurseurs du développement durable qui est à la mode depuis peu. Le but ultime de la transformation économique étant la réduction des inégalités sociales, la redistribution équitable des richesses, la lutte contre l’impunité de ceux qui cherchent à confisquer les richesses du pays. Raison pour laquelle les valeurs éthiques sans lesquelles un vrai développement n’est pas possible sont un axe décisif du sankarisme. La société est supposée être productrice et dépositaire de ces valeurs éthiques à travers les structures qui régissent les relations entre individus. Ce sont ces mêmes valeurs qui sont mobilisées pour perfectionner les relations humaines dans la famille, en entreprise, au travail, dans les relations entre les nations, bref, dans la vie de tous les jours.

 

Mais tenez-vous bien, dans une démocratie pluraliste, ce modèle ne peut être mis en œuvre que si le processus électoral est transparent, si la victoire des vainqueurs n’est pas confisquée par les perdants. Autrement dit, la multiplication des élections non transparentes dans de nombreux pays d’Afrique est de nature à provoquer la multiplication des révolutions démocratiques à partir desquelles les partis politiques pourront concourir en proposant des projets politiques alternatifs. De ce point de vue, le modèle alternatif sankariste a une place de choix dans les démocraties pluralistes actuelles»

 

Propos recueillis par Hervé D’AFRICK

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Ce que les enfants de Sankara nous ont dit en 2012

 

enfants tom«Notre père fait partie de ces hommes qui ont marqué à jamais l'histoire de l'Afrique. Il n est pas donné à tout le monde d’avoir un tel destin. En tant que jeunes Burkinabè, nous nous intéressons à l'avenir de notre pays. L’espoir du Burkina repose sur l’ensemble de ses fils et filles. C’est sûr que dans la jeunesse burkinabè, il y a beaucoup de jeunes qui peuvent constituer cet espoir. D’ailleurs, des échos qui nous parviennent, plusieurs Burkinabè essayent en groupe ou individuellement, chacun à sa manière, de raviver cette flamme. C’est sûr qu’en tant que citoyens burkinabè, nous comptons participer à la construction du pays. Mais est-ce que ça passera par la politique ou autre chose ? Nous ne savons pas (…)

 

Tout patriote qui aime son pays devrait s'atteler à faire appliquer la justice; mettre en place des politiques qui permettront l'autosuffisance alimentaire; une éducation et une formation réalistes afin que les jeunes puissent trouver facilement un emploi; une couverture sanitaire efficace. En d'autres termes, il faut des politiques qui soient en cohérence avec les aspirations des populations et qui puissent ramener l’intégrité chez les Burkinabè (…)

 

Hélas ! Nous n’avons pas eu le bonheur de côtoyer longtemps notre père comme beaucoup d’enfants, mais nous sommes fiers de lui et fiers de constater que la flamme qu’il a allumée est de plus en plus vive dans le coeur de beaucoup de gens, notamment de la jeunesse burkinabè et de ceux de beaucoup d’autres pays africains »

Propos recueillis par Hervé D’AFRICK

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