QUESTION AU PRESIDENT COMPAORE : Mais qui a assassiné Sankara ?

Blaise compEt revoilà l’affaire Thomas Sankara ! Cette fois, c’est le «frère d’armes», l’«ami», le «compagnon de lutte» du leader de la Révolution d’Août qui en parle. Blaise Compaoré en personne. «Thomas est enterré au cimetière de Dagnoën, à Ouaga», affirme-t-il à notre confrère Jeune Afrique (N°2792 du 13 au 19 juillet 2014). Une première ! Jamais en effet le Président Compaoré, au pouvoir depuis bientôt 28 ans, n’avait brisé autant le silence. Et s’il en parle avec autant d’assurance, c’est qu’il sait sans doute beaucoup de choses sur cette affaire brûlante. Il avait pourtant affirmé, au lendemain du coup d’Etat, qu’il était malade, couché, lorsqu’il a entendu les coups de feu. Et voilà qu’au moment où la veuve et les orphelins de Sankara demandent à la Justice une expertise afin de savoir si c’est bien la dépouille de l’ex-président du Faso qui se trouve dans la tombe érigée à son nom par le gouvernement burkinabè, Blaise Compaoré fait une déclaration fracassante. La Justice doit donc impérativement rouvrir le dossier Sankara. Il y a un témoin de taille. Mais pas seulement lui. Bien avant, le Général Gilbert Diendéré avait fait des révélations.

 

Où était Blaise Compaoré le 15 octobre 1987, à 16h 30 mn ? Il en parle, lui-même, dans le livre «Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè» de Ludo Martens: «L’après-midi du 15 octobre, j’étais chez moi au salon avec Salif Diallo, lorsque vers 16h je croyais entendre le bruit de détonations. Je suis sorti et j’ai demandé aux gardes s’ils avaient entendu des coups de feu. Ils ont dit non et je suis rentré. Mais ensuite j’entendais clairement les tirs, je pensais qu’ils venaient du côté de la Présidence et qu’ils s’approchaient. J’ai pris mon arme et Salif Diallo et moi, nous nous sommes planqués contre le mur de l’autre côté du goudron. Les gardes nous ont fait rentrer. Vers 16h30, Mariam Sankara m’a téléphoné pour savoir ce qui se passait. J’ai dit que j’allais vérifier et que je la rappellerais. Ensuite, Lengani a appelé et nous avons décidé d’aller voir ensemble. Il est arrivé chez moi et il a téléphoné aux différentes unités pour les mettre en alerte. A 17h enfin, j’ai eu le standard du Conseil. Je l’entendais mal. Il m’a dit qu’il se cachait sous le bureau et que Sankara et d’autres camarades étaient morts. Lengani et moi, nous nous sommes rendus au Conseil et nous avons vu les cadavres. J’étais vraiment très dégoûté. Un soldat m’a dit : il voulait vous tuer à vingt heures, alors nous avons décidé de l’arrêter». Mais qui a ordonné de l’arrêter ? Lorsque Jeune Afrique a posé cette question à Blaise Compaoré en novembre 1987, sa réponse a été plutôt laconique: «Les soldats ont pris eux-mêmes cette initiative», a-t-il déclaré, avant d’ajouter ceci: « Lorsque je suis arrivé au Conseil de l’Entente après la fusillade et que j’ai vu le corps de Thomas à terre, j’ai failli avoir une réaction très violente contre ses auteurs. Cela aurait sans doute été un carnage monstre dont je ne serais certainement pas sorti vivant. Mais quand les soldats m’ont fourni les détails de l’affaire, j’ai été découragé, dégoûté. Je suis resté prostré pendant au moins vingt-quatre heures. De plus, j’étais malade et dans mon lit quand les coups de feu m’ont réveillé» (J. A N° 1400 du 4 novembre 1987). Autre question digne d’intérêt : Vous avez désormais sur la conscience, et sans doute pour toute votre vie, la mort de votre meilleur ami, Thomas Sankara… Réponse : «J'aurais pu l'avoir sur la conscience si j'avais ordonné de l'abattre. Or, ce n'est pas le cas. C'est pour avoir voulu nous liquider, Jean-Baptiste Lengani, Henri Zongo et moi, qu'il s'est fait abattre par des soldats qui me sont fidèles». Maintenant qu'il est mort, vous ne risquez pas d'être contredit ? «Il est mort et c'est bien dommage, en effet. Nous, les Africains, nous sommes très sensibles à la mort. C'est d'ailleurs pourquoi même ceux qui pouvaient le détester affichent une certaine consternation. Je suis moi-même très triste, parce que la mort de Thomas n'était pas la condition sine qua non pour régler les sérieux problèmes qui se posaient à notre Révolution». Alors, qui l'a tué et pourquoi ? «Les soldats qui partaient pour l'arrêter ont été obligés de faire usage de leurs armes lorsque Thomas et sa garde personnelle ont ouvert le feu sur eux». Qui a ordonné de l'arrêter ? «Les soldats ont pris eux-mêmes cette initiative, quand ils ont été contactés pour participer à notre arrestation et à notre élimination». Dans votre armée, n'importe quel militaire peut ainsi décider d'arrêter le chef de l'Etat, sans y avoir été invité par ses supérieurs ? «Ils m'ont expliqué, après le drame, qu'ils savaient que je n'aurais pas accepté de faire arrêter Thomas s'ils venaient m'annoncer que celui-ci préparait notre assassinat, à 20h ce jeudi 15 octobre. Pourquoi ? Connaissant mon amitié pour lui, ils savent que je n'aurais pas pris une telle décision sans preuves des projets du Président (… )». Quelle garantie pouvez-vous donner aujourd'hui à vos compatriotes pour les convaincre que vous n'avez pas éliminé Sankara juste pour la soif du pouvoir ? «Pas moi ! J'ai personnellement participé à deux coups d'Etat pour remettre aussitôt le pouvoir à un autre. Je n'ai jamais rêvé du pouvoir, et je ne m'y accrocherai pas. Ce sont les camarades qui décideront. Pour le reste, je fais confiance à notre peuple».

 

«Sankara se leva, poussa un soupir et…»

 

Et voici Gilbert Diendéré qui entre en scène. Il est l’une des rares personnes à avoir accepté de parler, en tant que témoin, du triste épisode du 15 octobre 1987. Nous avons découvert son témoignage en feuilletant le livre «Sankara, Compaoré et la Révolution burkinabè». Voici ce qu’il a dit : «Nous savions que Sankara avait une réunion au Conseil à seize heures et nous avons décidé d’aller l’arrêter là-bas… Peu après seize heures, la Peugeot 205 de Sankara et une voiture de sa garde sont arrivées devant la porte du pavillon ; une deuxième voiture de la garde est allée stationner un peu plus loin. Nous avons encerclé les voitures. Sankara était en tenue de sport. Il tenait comme toujours son arme, un pistolet automatique, à la main. Il a immédiatement tiré et tué un des nôtres. A ce moment, tous les hommes se sont déchaînés, tout le monde a fait feu et la situation a échappé à tout contrôle. Des personnes qui l’attendaient à l’intérieur du bâtiment sont venues à sa rencontre ; d’autres sont sorties quand elles ont entendu des coups de feu. Parmi ceux qui sont tombés, il y avait Patrice Zagré, un homme avec qui nous avons beaucoup travaillé et dont tout le monde a regretté la mort. Les gardes du corps de Sankara dans la deuxième voiture n’avaient pas réagi ; ils ont simplement été désarmés». Et voilà ! Diendéré a parlé !

 

Mais Sankara a-t-il vraiment été le premier à tirer ? Non, rétorque Valère Somé, l’un des proches collaborateurs du N°1 de la Révolution. Et le voici qui donne des précisions dans son livre «Sankara, l’espoir assassiné»: «Il était environ 16h 15 mn lorsque la Peugeot 205 noire présidentielle se gara devant le pavillon "Haute-Volta" du Conseil de l’Entente, suivie d’une voiture blanche de marque japonaise dont les occupants étaient quelques gardes du corps du Président. Le Président descendit de sa voiture et entra dans le pavillon où l’attendait tout le personnel nouvellement choisi pour faire partie du Secrétariat de la présidence du CNR qui se réunissait une fois par semaine. A peine la réunion venait-elle de commencer, qu’une autre voiture, une Peugeot 504, pénétra dans l’enceinte du Conseil de l’Entente et se dirigea tout droit vers la voiture présidentielle. Le Caporal Maïga (l’un des gardes du corps de Blaise Compaoré) en descendit pour braquer le Sergent Der Somda, chauffeur du PF. Au même moment, une Galante bleue, conduite par le Sergent Yacinthe Kafando (l’aide de Camp de Blaise Compaoré), pénétra en trombe dans l’enceinte, et fonça droit sur le pavillon "Haute Volta". Le gendarme Soré et le soldat de 1re classe, Ouédraogo Noufou, avant qu’ils ne réalisent ce qui leur arrivait, furent écrasés contre le mur du pavillon. Au même moment, le Caporal Maïga abattait à bout portant le Sergent Der Somda. Dans la foulée, les assaillants descendus des deux voitures déclenchaient un feu nourri sur tous ceux qui se tenaient debout aux alentours du pavillon où le Président du CNR était en réunion avec son Secrétariat. A l’intérieur, les premiers instants de surprise passés, tout le monde se précipita derrière les fauteuils pour y trouver refuge. Se ravisant, le Président Thomas Sankara se leva, poussa un soupir et s’apprêta à se rendre en s’adressant à ses collaborateurs : "Ne vous en faites pas, c’est à moi qu’ils en veulent." Les mains en l’air, tenant son revolver de parade, il franchit le seuil de la porte et s’engagea dans le couloir à la rencontre des assaillants. Le Sergent Yacinthe Kafando et le Caporal Nadié se trouvèrent face à face avec le président du Faso, le braquant avec leur Kalachnikov. Une première décharge lâchée par le Caporal Nadié atteint le Président Thomas Sankara à l’épaule. Malgré la blessure, il réussit à se replier dans le couloir. Il essaye d’ouvrir la porte du premier bureau, mais ses occupants se sont enfermés à clef au bruit des tirs. Nul ne saura ce qui s’est passé dans la tête du président du Faso pour qu’il revienne sur ses pas et reçoive la mort des mains de ses assassins. Une seconde balle l’atteint au front. Il chancelle, se retrouve sur les genoux, pendant quelques secondes, puis s’écroule sans avoir pu, ni dire un mot à ses tueurs, ni faire un geste quelconque qui prouve qu’il avait l’intention de se défendre. De tous ceux qui étaient avec le Président Thomas Sankara ce jour-là, un seul a miraculeusement échappé à la boucherie : Alouna Traoré. Et il soutient que le Capitaine Gilbert Diendéré n’était pas au nombre des assaillants. Celui-ci ne fera son apparition que beaucoup plus tard. Un autre témoignage concordant affirme que c’est le Capitaine Diendéré qui est intervenu pour arrêter le massacre gratuit. Après avoir constaté la mort du Président Thomas Sankara, il se serait réfugié dans la pièce du Conseil de l’Entente pour s’effondrer en pleurs. C’est par la suite qu’il se serait ressaisi afin de s’investir pour limiter les dégâts. C’est dire qu’il persiste des zones d’ombre sur les circonstances de l’assassinat du Président Thomas Sankara».

 

Mais le journaliste Sénen Andriamirado est encore plus précis. Il a mené une enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara (Voir Jeune Afrique magazine N° 43 de décembre 1987). Voici un extrait: «Vers 15 h, Mariam étant partie au travail, Sankara fait sa sieste.

 

Peu avant 16 h, Mariam téléphone. On lui dit que le Président est réveillé mais qu’il est sous la douche. Elle attend, puis le Président, ayant enfilé son survêtement de sport, bavarde quelques minutes au téléphone avec elle.

 

«Anéantissez-le !»

 

Alouna 2Entre-temps, des commandos venus de Pô ont relevé, comme tous les quinze jours, ceux des leurs qui, depuis le 1er octobre, assuraient la garde du Conseil de l’Entente, siège officiel du CNR et du gouvernement. Ça ressemble à une relève normale. A cette nuance près que les nouveaux arrivants, commandés par le lieutenant Gilbert Diendéré, adjoint du Capitaine Blaise Compaoré en tant que Commandant du Centre des para-commandos de Pô, ont cette fois une mission historique : «Neutraliser à tout prix le PF». Certains d’entre eux avaient osé une question : «Et s’il résiste ?» Réponse : «Anéantissez-le».

 

Aucun Officier ne reconnaît aujourd’hui avoir donné cet ordre. Mais le terme est propre aux commandos. Et Blaise Compaoré lui-même l’employait quand, à propos de l’exécution de putschistes condamnés à mort en juin 1984, il disait : « Ils voulaient nous tuer. Nous les avons anéantis». Anéantir veut dire abattre, donc tuer. Ces hommes sont des fidèles de Blaise Compaoré jusqu’à la mort. C’est lui qui les a formés. Ils n’ont rien à voir avec Thomas Sankara qui a quitté le Commandement du Centre de Pô en février 1981. Pour l’heure, ils ont reçu un ordre : anéantir, s’il le faut, Thomas Sankara.

 

Ils ordonnent aux civils qui travaillent au Conseil de l’Entente de quitter les lieux. A la résidence présidentielle, Thomas Sankara reçoit un autre appel téléphonique : on l’attend pour la réunion qu’il avait convoquée à 16 h au Conseil de l’Entente. Ses conseillers sont déjà sur place : Paulin Bamouni, Patrice Zagré, Frédéric Kiemdé, Alouna Traoré. Le PF confirme à celui qui le rappelle ainsi à l’ordre : « J’arrive tout de suite». Quelqu’un - la même personne, selon certains témoignages - prévient alors Blaise Compaoré par téléphone : « Le PF quitte la résidence. Il arrive au Conseil». II est 16 h 10.

 

Blaise - qui n’est pas au lit contrairement à ce qu’il dira - quitte son domicile, se rend lui-même au volant de sa Peugeot 504, traverse en trombe les « Champs-Elysées » (le boulevard de la Révolution), passe devant l’ambassade de France et disparaît. Trois minutes après, il fait le chemin inverse, cette fois encadré par des Commandos armés jusqu’aux dents et se dirige à toute vitesse vers l’aéroport de Ouagadougou. Ses hommes l’attendent dans une villa de la SOCOGIB (une société immobilière), face au salon d’honneur présidentiel de l’aérogare. Il s’y embusque, talkie-walkie dans une main, Kalachnikov dans l’autre. Sur la piste de l’aéroport, un avion attend, prêt à décoller au cas où il en aurait besoin.

 

Au même moment, le Président Thomas Sankara, ayant quitté sa résidence et après avoir contourné par l’arrière le Palais d’Etat (la Présidence du Faso), arrive au Conseil de l’Entente. Il est assis à droite du chauffeur dans sa Peugeot 205 noire dans laquelle ont également pris place deux de ses gardes du corps. Dans une Renault 5 - noire également - trois autres gardes (plus le chauffeur) ont suivi. Les deux voitures se garent, à 16 h 15, devant le pavillon « Haute-Volta » du Conseil de l’Entente. Thomas Sankara met pied à terre, s’engouffre, accueilli par ses conseillers et suivi de ses gardes dans le pavillon.

 

«Treize cadavres»

 

Certains de ses compagnons terminent de fumer une cigarette devant l’entrée quand Sankara leur dit de l’intérieur : « Dépêchez-vous ! Il faut commencer». II est 16 h 20 quand des coups de feu éclatent à l’extérieur. « Qu’est-ce que c’est ? », interroge le Président qui se lève et entend une voix lui ordonner : «Sortez de là ! Sortez les mains en l’air». Sankara laisse échapper un soupir, dit à ses compagnons : « Restez, restez ! C’est moi qu’ils veulent». Et il sort les mains en l’air, pour voir de face les assaillants. Son chauffeur et un de ses gardes restés à l’extérieur ont déjà été tués par les premières rafales. A peine est-il sur le perron du pavillon qu’il est abattu de deux balles dans la tête et de dix autres dans le buste. Ses compagnons sont également abattus. Mais contrairement à ce que nous avions cru comprendre, aucune grenade n’a été utilisée.

 

Treize cadavres gisent sur la maigre pelouse du Conseil de l’Entente. Des compagnons du PF, il reste deux survivants, deux de ses gardes qui ne l’avaient pas suivi dans le pavillon : Bossobe Traoré, blessé, et Zourma Ouédraogo dit Otis, indemne. Un troisième a fait le mort : Alouna Traoré.

 

En entendant le bruit des tirs, depuis le siège du Conseil burkinabè des chargeurs où elle travaille, Mariam téléphone au Conseil de l’Entente pour demander ce qui se passe. Le standardiste lui répond : «Je ne sais pas du tout. Je suis à l’intérieur et je ne vois rien de ce qui se passe à l’extérieur». Par le téléphone, Mariam entend encore mieux les rafales. Elle ne sait pas encore qu’elle est veuve. Elle dément aujourd’hui avoir jamais téléphoné à Blaise à ce moment-là : « Je voulais parler à mon mari, avoir de ses nouvelles ! Pourquoi aurais-je téléphoné à Blaise et non à mon mari ? »

 

Blaise Compaoré, lui, toujours en alerte près de l’aéroport, sait déjà. Par talkie-walkie, le Lieutenant Diendéré lui a annoncé : « Opération terminée». Blaise insiste pour avoir des détails et s’entend confirmer: « Le PF est mort. Tous ses compagnons aussi». II est 16 h 30. Blaise Compaoré s’effondre et s’isole dans une pièce de la villa. Comme quelqu’un qui, ayant assassiné un être cher, refuse a posteriori d’admettre son acte.

 

17 h. Mariam Sankara sort de son bureau et bavarde dans la rue avec une amie. Elles sont en train de plaisanter quand une voiture banalisée de la gendarmerie freine devant elle. Le chauffeur lui dit d’embarquer tout de suite, sans pouvoir lui expliquer pourquoi. Voyant que ses deux enfants - Philippe et Auguste - sont déjà dans la voiture, ne cherchant plus à comprendre, elle embarque. Elle passera sa première nuit de veuve chez son frère.

 

18 h. Ayant quelque peu récupéré, le Capitaine Blaise Compaoré arrive enfin au Conseil de l’Entente. Depuis une heure et demie, les corps de Thomas Sankara et de ses douze compagnons sont à terre. Personne n’a voulu, ou osé, y toucher. Compaoré ordonne de les enlever et de les enterrer.

 

18 h 30. Radio Ouagadougou annonce le renversement de Thomas Sankara, la dissolution du CNR et la création du Front populaire. Président : le Capitaine Blaise Compaoré».

 

27 ans après, Blaise Compaoré est toujours là. Accroché au pouvoir ! Il envisage même d’y rester en faisant sauter, par voie référendaire, le verrou de la limitation des mandats. Pourtant, au lendemain de l’assassinat de Sankara, il avait été catégorique: «Je n’ai jamais rêvé du pouvoir, et je ne m’y accrocherai pas». S’en souvient-il encore ?

 

Par Hervé D’AFRICK

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Blaise Compaoré : «Thomas est enterré au cimetière de Dagnoën, à Ouaga» 

Thomas est enterré au cimetière de Dagnoën, à Ouaga. Nombreux d'ailleurs sont ceux, proches, famille ou citoyens lambda, qui vont s'y recueillir. Certains en doutent, c'est leur droit, mais la Justice, ici, est indépendante. Elle fait son travail, loin de toute immixtion du politique. Je n'ai donc pas à commenter cette décision.

Extrait de Jeune Afrique N° 2792 du 13 au 19 juillet

 

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Compaoré, Sankara et la Justice

SankkkaraLe ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants, Blaise Compaoré, devrait passer en revue les archives de ce ministère. Il y trouvera une correspondance qui date du 19 juin 2001 mais qui est toujours d’actualité. Les juridictions de droit commun s’étant déclarées incompétentes pour juger la plainte contre X pour assassinat du Président Thomas Sankara, la veuve Sankara et ses enfants avaient saisi le Tribunal militaire. Mais pour que le Commissaire du gouvernement de cette juridiction déclenche la procédure, il faut un «ordre de poursuite» du ministre de la Défense. Ainsi dispose l’article 71 du Code de Justice militaire. La requête a été introduite au moment où le Général Kouamé Lougué était à la tête de ce ministère. Mais il a tenté d’ignorer le dossier. Voici ce qu’il a dit dans le quotidien Le Pays N° 2493 du 22 octobre 2001: «Je n’ai pas été saisi de l’affaire Thomas Sankara (…) Je n’ai pas eu un document de Justice ou d’une partie civile qui m’interpelle. Si un jour, ce problème se posait, courageusement, et ce avec le chef suprême des armées qui est le président du Faso, nous ferons en sorte que ce problème trouve une solution». Les avocats des ayants droit de Thomas Sankara, véritablement surpris par cette déclaration du ministre de la Défense, lui ont immédiatement adressé une note. Morceau choisi : «Monsieur le ministre, ces propos de vaillant Officier, courageux et frère d’armes de Thomas Sankara, transcendant certainement avec ceux du ministre de la Défense, donc de l’homme politique, donnent une fois de plus l’occasion à la défense de la veuve et des orphelins de votre frère d’armes dont le dossier est simplement bloqué parce qu’on refuse de faire appliquer l’article 71 du Code de Justice militaire, de rappeler à vos bons souvenirs que le 20 juin 2001, sous le N° 2757, votre ministère a reçu une lettre à vous adressée (…)».

 

Mais que dit cette lettre ? Nous l’avons retrouvée. «Monsieur le ministre, la Chambre judiciaire de la Cour suprême vient de rendre un arrêt d’irrecevabilité dans l’affaire Consorts Sankara contre X pour assassinat du Président Thomas Isidore Noël Sankara. Cette décision, au-delà de ce qu’elle peut avoir d’inique, remet la partie civile en l’état de l’arrêt de la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Ouagadougou qui déclarait les juridictions de droit commun incompétentes. Cet arrêt renvoyait la partie civile à mieux se pourvoir. La mise en mouvement de l’action publique appartient au Commissaire du gouvernement, à la suite de votre ordre de poursuite. Aussi, conformément à l’article 71 du Code de Justice militaire et des recommandations de la Commission pour la réconciliation nationale, la partie civile vous sera gré de bien vouloir donner l’ordre de poursuite, à la suite de la dénonciation qui sera faite par le Parquet général, destinataire de la présente». En effet, «il résulte des réquisitions de Monsieur le Procureur du Faso, de Monsieur le Procureur général près la Cour d’appel de Ouagadougou, et des motifs de la Chambre d’accusation dont copie, que les faits déférés ne sont pas de la compétence des juridictions de droit commun, par application des dispositions de l’article 34 du Code de Justice militaire», affirme le Collectif international des avocats constitué auprès de la veuve et des orphelins de Sankara. Mais avant de terminer leur lettre, il rappelle au ministre de la Défense ceci: «Comptant sur un précédent (affaire ministère public contre Kafando Marcel et autres, objet de l’arrêt de renvoi N° 005/TMO/CCI du 17/07/2000) dans lequel ordre de poursuite avait été donné après dénonciation de Monsieur le Procureur du Faso, la partie civile renouvelle sa quête de justice afin que vérité se fasse».

 

Le ministre Lougué a dû parcourir la lettre mais il n’a plus rien dit. Le dossier n’a pas non plus bougé d’un iota. Pourtant, il avait été clair: «Si un jour, ce problème se posait, courageusement, et ce avec le chef suprême des armées qui est le président du Faso, nous ferons en sorte que ce problème trouve une solution». Silence radio ! Les ministres de la Défense se sont succédé sans qu’une «solution» ne soit trouvée à ce «problème». La balle est maintenant dans le camp de l’actuel ministre de la Défense et des Anciens combattants. Blaise Compaoré himself ! Va-t-il enfin donner l’ordre de poursuite pour que justice soit faite dans l’assassinat de son «frère d’armes», «ami» et «compagnon de lutte» ? Il ne faut pas trop rêver ! S’il franchit le pas, il pourrait lui-même être dans le rouleau compresseur. Mais pas seulement lui. Ce dossier brûlant trouble le sommeil de certains «gourous» de la République.

 

Hervé D’AFRICK

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Thomas, tu es là ?

Ce n’est pas la première fois qu’il parle de cette affaire brûlante. Mais cette fois, il est allé un peu plus loin. Même si ses propos tiennent en une phrase : «Thomas est enterré au cimetière de Dagnoën, à Ouaga». Blaise Compaoré a-t-il ainsi voulu mettre fin à la polémique sur le lieu de sépulture de Thomas Sankara ? La veuve Sankara et ses enfants veulent avoir le cœur net. Ils ont demandé une expertise ADN pour s’assurer que c’est bien la dépouille de «Thom Sank» qui se trouve dans la tombe dont parle Blaise Compaoré. Cette expertise devrait permettre, selon la requête introduite en Justice, de comparer, «par la méthode des empreintes génétiques, celles du corps se trouvant dans la sépulture érigée par le gouvernement du Burkina Faso et celles d’un des deux enfants de Thomas Sankara». Afin d’éviter, disent-ils, «toute contestation éventuelle, cette mission devra être confiée à un expert ou à un laboratoire internationalement reconnu, habilité à procéder à des missions d’identification par empreintes génétiques». Et ce n’est pas tout : «Ces prélèvements doivent être réalisés de manière contradictoire», précise la requête. Mais le dossier est «pendu» en Justice. On attend, après moult rebondissements, le verdict de la deuxième Chambre civile de la Cour d’appel de Ouagadougou.

 

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