CENTRE NATIONAL DE TRANSFUSION SANGUINE

Où sont passés les 132 millions FCFA ?

Y a-t-il mauvaise gestion de fonds publics au Centre national de transfusion sanguine ? Une lettre anonyme à vocation de dénonciation, parvenue à notre Rédaction, égrène des faits extrêmement graves. Mais la Direction du Centre national de transfusion sanguine (CNTS) se défend d’avoir fait main basse sur l’argent du contribuable.

«Et si le Centre national de transfusion sanguine venait à mourir ?» C’est le titre apocalyptique que l’auteur de la lettre anonyme, qui serait «un du CNTS», a donné à sa correspondance confidentielle parvenue à notre Rédaction. L’auteur dit se limiter à seulement 3 cas de malversation pour montrer les couleurs de la déconfiture vers laquelle marche le CNTS.

Le premier porte sur une affaire dite de «détournement de poches de sang». L’auteur de la lettre a joint, en annexe, une copie d’un bordereau de livraison de 3 600 poches de sang, édité par la Société Global pharmaceutical solutions (GPS) basée à Bobo Dioulasso. Le document fournit en effet des données floues. Morceaux choisis : «Désignation : Poches à sang double carton 36 ; Quantité : 100 ; Prix unitaire:…. Soit prix total : 3600 poches…». Cette commande a-t-elle vraiment été livrée ? Mystère et boule de gomme. Notre informateur affirme, avec force détails, qu’il s’agit d’une commande non livrée.

Mais au CNTS, la Directrice de l’administration et des finances (DAF) explique qu’il s’agit d’une commande lancée d’urgence en fin octobre 2011, auprès de GPS, afin de faire face à un manque de poches à sang (vides). Cela devait permettre, selon elle, de répondre à l’offre de sang des militaires à l’occasion de la fête de l’armée le 1er novembre 2011. Une demande de financement avait alors été adressée à l’UNFPA qui s’est engagée à payer la facture, à en croire Kourtoumi Sanou. «Les 3600 poches à sang ont bel et bien été réceptionnées par Dr Sanou, alors Directeur général du CNTS», affirme-t-elle. Jointe par téléphone, Dr Sanhan Tioro/Gnoumou, Directrice générale de GPS, basée à Bobo, affirme, elle aussi, avoir livré les poches à sang dans l’urgence. Mais certains faits sont troublants. Elle dit, en effet, être fortement étonnée de voir que sa facture est réglée par le CNTS et non l’UNFPA, comme précédemment conclu. Cette facture de 11 900 000 FCFA, la DAF du CNTS dit l’avoir réglée sur «préfinancement du CNTS». Cette dernière devait, ensuite, se faire «rembourser par le projet UNFPA», affirme-t-elle. Vrai ou faux ? Question à multiples inconnues.

L’Inspection des finances dans les locaux du CNTS

Et ce n’est pas tout. Dans le même chapitre, l’auteur de la lettre anonyme, qui semble être bien introduit dans le milieu, évoque une affaire de vol de poches vides par un certain Souleymane Ibé, infirmier aujourd’hui en poste dans la région des Hauts-Bassins. Le butin dérobé au CNTS, d’après la lettre, était revendu au fournisseur Rea-Express qui, à son tour, les revendait au même CNTS. A propos de ce «deal mafieux», la DAF nous a suggéré de rencontrer le DG du CNTS «pour mieux comprendre». Affaire à suivre donc.

Le deuxième cas, tel qu’expliqué dans la lettre anonyme, porte sur «les doublons faits par la DAF au moment des commandes». C’est une affaire de commande d’ordinateurs de bureau faite par le PADS au profit du CNTS. «La DAF a, en même temps, engagé une commande parallèle des mêmes ordinateurs pour un montant presqu’identique à celui de la commande du PADS. Et les ordinateurs livrés par le PADS ont servi à couvrir la commande engagée sur fonds CNTS et qui n’a jamais fait objet de livraison…», a écrit, en substance, l’auteur anonyme. En réponse à cette accusation, la DAF du CNTS nous a brandi son mémoire en défense: le procès-verbal de réception provisoire de matériels informatiques au profit du CNTS. La facture jointe en annexe porte sur un montant de 18 429 961 FCFA TTC éditée par Liz télécom et le PV de réception est cosigné des 8 membres de la commission de réception. Mais y a-t-il eu effectivement une double commande ? Là aussi, des interrogations demeurent, si l’on en croit certains membres du CNTS.

Et ce n’est pas tout. Le troisième cas porte sur une somme de 132 607 653 F CFA. Cet argent, par note N° 2011/MEF/SG/DGTCP/ACCT//SOSP du 31 septembre 2011, signée par le ministre de l’Economie et des Finances, Lucien Marie Noël Bembamba, a été alloué au Centre national de transfusion sanguine pour «la mise en œuvre du plan de renforcement des recettes propres du CNTS». Mais ce budget, foi de notre informateur, «est parti dans un détournement qui ne dit pas son nom». Ce n’est peut-être pas trop de le dire. En effet, notre passage au CNTS le 6 décembre dernier, a coïncidé avec la présence, dans les locaux, d’inspecteurs des finances publiques. Ces derniers fouillaient dans les comptabilités du CNTS, à la recherche des traces laissées par la gestion des 132 millions F CFA. Une autre affaire à suivre…

Paul-Miki ROAMBA

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