AFFAIRE EX-DG DES DOUANES

AFFAIRE EX-DG DES DOUANES

Guiro est-il vraiment malade ?

guiroOn ne l’attendait pas sur le terrain de la campagne électorale. Tellement son état de santé avait été jugé critique, au point qu’il a été envoyé en clinique, à plusieurs reprises. Ses avocats avaient alors brandi les documents médicaux et avaient réussi à obtenir, auprès du juge d’instruction, la mise en liberté provisoire de leur client. «Pour raison de santé» ! Selon nos sources, la décision de liberté provisoire lui a été notifiée le 18 juillet 2012.

Mais on ignore de quoi souffre exactement l’ancien patron des “gabelous”. “Je n’ai pas le droit de vous communiquer son bulletin de santé. Ce sont des informations d’ordre privé. Pour le moment, il ne m’a pas donné l’autorisation de le faire”, affirme l’un de ses conseillers juridiques. Mais Ousmane Guiro est-il toujours malade ? On est tenté de répondre par la négative. Tellement il a battu la campagne électorale avec fougue, sous la bannière du parti au pouvoir. Il a même été élu conseiller municipal dans son village. Et nombreux sont ceux qui estiment que si Guiro est si apte à battre campagne, “c’est qu’il est guéri”. Et devrait, de ce fait, retourner en prison. En réalité, ils n’ont pas totalement tort. Une source proche de l’intéressé nous a confirmé que ”Guiro se porte bien”. Mais retournera-t-il en prison ? Sur ce point, il ne faut pas trop rêver ! Le fait que l’ex-DG des douanes se soit retrouvé sur la liste du parti au pouvoir afin de briguer un poste électif le 2 décembre, ne relève pas du hasard. Mais quoi qu’on dise, la réalité est là, implacable. Le motif “liberté provisoire pour raison de santé”, brandi en faveur de Guiro en juillet dernier, a du mal à résister au regard critique de l’opinion publique. A moins que le juge d’instruction ne brandisse un autre argument pour justifier sa liberté... provisoire. Mais en attendant, les interrogations persistent.

“C’est une affaire rocambolesque”, affirme une source sécuritaire qui suit de très près l’évolution de cette affaire brûlante, depuis le début de l’enquête. Et la voici qui se livre à des confidences: “Des choses se trament pour sortir Guiro de ce bourbier. Son limogeage, son interpellation et son incarcération ont été faits de façon trop précipitée parce que le gouvernement craignait une réaction populaire violente. Au regard des mouvements populaires et des mutineries du premier semestre de 2011, le gouvernement voulait, coûte que coûte, éviter le pire. Et comme l’affaire des milliards a fait grand bruit, si Guiro n’avait pas été interpellé puis incarcéré, les gens seraient descendus dans la rue et les conséquences auraient été énormes et irréparables. Le gouvernement a donc réagi. Aujourd’hui, tous les indices indiquent qu’il veut faire sortir Guiro du pétrin. Mais de façon subtile. L’acte 1 consistait à le faire élire conseiller municipal. Et il l’a été après avoir été inscrit comme candidat sur la liste du CDP. Vous verrez la suite (...)”. Mais dans tous les cas, affirme un juriste, “il est normal qu’il ait été interpellé et incarcéré. Surtout qu’en plus de cette affaire de milliards, il est impliqué dans une affaire de fausses exoérations douanières. Il faut maintenant que la lumière soit faite sur ces affaires et que la Justice dise le droit, en toute indépendance”.

Mais quelle suite donnera-t-on à l’affaire dite des “milliards” dans laquelle le nom de l’ex-DG des douanes trône en grandeur nature ? Et à celle des exonérations douanières ? La Justice réussira-t-elle à échapper aux griffes du politique? Selon nos sources, l’instruction des deux dossiers est pratiquement terminée. Mais une interrogation demeure: à quand le procès ? Cette question est à la recherche d’une réponse pour le moment introuvable.

La dernière descente aux enfers de Guiro a commencé, fin décembre 2011, suite à la découverte, au domicile de l’un de ses proches, de cantines contenant près de deux milliards de francs CFA supposés lui appartenir. Guiro avait alors été inculpé pour «corruption, blanchiment de capitaux, enrichissement illicite, détention illégale d’armes à feu et de munitions, recel et vol». Il avait ainsi été arrêté, en janvier 2012, puis incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO).

Sandra JOLY