UN MILITAIRE DU RSP TIRE SUR LUI…

Et aucune prise en charge !

blesseL’affaire avait défrayé la chronique. Au cœur du problème, un militaire du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et le gérant du maquis «Freedom», une boîte de nuit située à Ouagadougou. En voulant jouer les médiateurs dans une rixe entre un particulier et le militaire, Robert Bassono, le gérant, a pris, dans la cuisse droite, une balle de kalachnikov tirée à bout portant. C’était dans la nuit du 20 au 21 février 2012. Jusqu’à ce jour, ce père de 5 enfants n’a reçu le moindre copeck pour ses soins. Nous l’avons rencontré, le 3 décembre dernier, là où le drame s’était produit, il y a 10 mois…

C’est en prenant appui, difficilement, sur une béquille que Robert Bassono est arrivé à notre rendez-vous. Mais il était ainsi au meilleur de sa forme depuis le 21 février dernier, lorsqu’il a repris connaissance à l’hôpital Yalgado Ouédraogo, pour ensuite constater qu’une balle de kalachnikov lui avait littéralement traversé la cuisse droite. Cette affaire du militaire-maquisard-tireur intervenue quelques mois après la fin des mutineries militaires de 2011, avait fait grand bruit. L’auteur du forfait, Romuald Tuina, désormais ex-militaire du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), s’était alors vu radié des effectifs de l’armée burkinabè. La suite, on la connaît : moins de deux mois après, il a de nouveau fait parler de lui à l’agence de la Banque commerciale du Burkina (BCB) de Patte d’Oie, où il a effectué, le 12 avril dernier, un braquage en plein jour pour ensuite disparaître avec un butin de plusieurs millions de francs CFA. Jusqu’à ce jour, l’individu demeure «wanted» par la gendarmerie nationale.

En attendant qu’il soit peut-être débusqué par les forces de sécurité, revenons au premier acte, celui produit au maquis «Freedom». La victime, Robert Bassono, affirme n’avoir bénéficié de la moindre prise en charge depuis qu’il a été admis d’urgence au centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo. Deux mois d’hospitalisation ! Aujourd’hui, il se déplace difficilement en prenant appui sur une béquille et peut, à présent, parler de sa mésaventure: «Dès le lendemain, nous avons porté plainte à la gendarmerie qui l’a arrêté (le militaire auteur du tir, NDLR). Nous avons ensuite appris qu’il a été radié de l’armée puis remis en liberté. En poursuivant la plainte à la gendarmerie de Paspanga, on m’a dit que le dossier était totalement bouclé et avait été transmis au procureur». Idem pour le tribunal militaire.

maladeChez le procureur…

Ça fait bientôt un an que ça dure. Et Robert Bassono dit avoir entendu le même refrain aux portes du procureur, à chaque fois qu’il a tenté de le rencontrer : «Le procureur reçoit sur rendez-vous». Ainsi, le dossier traîne en Justice et la victime dit avoir été reçu, pour la première fois, par le substitut du procureur le 6 décembre dernier. Les nouvelles ? Mi-figue, mi-raisin : le dossier suit son cours normal. Le calvaire de Robert Bassono suit aussi son cours normal. La victime nous a confié être à bout de souffle: «J’ai mis toutes mes dernières économies dans les soins à l’hôpital. C’est avec l’aide de mon employeuse (Ndlr : propriétaire du maquis «Freedom») que j’ai fait face aux frais médicaux qui, aujourd’hui, atteignent 700 000 F CFA». Et ce n’est pas tout : ce père de famille de 5 enfants dit encore avoir au chevet de son lit des bulletins d’examen de radiologie pour la suite du suivi médical. Mais il n’ose pas se rendre au laboratoire, faute d’argent. Et les nouvelles conditions d’existence ont obligé Robert Bassono à se séparer de sa famille rentrée au village. «Il n’y a que ma deuxième fille qui s’occupe de moi à la maison, étant entendu que je n’ai plus la force nécessaire pour me débrouiller tout seul», nous a-t-il dit. Il ne perd cependant pas confiance en la Justice, mais «la seule chose que je demande, est que l’on m’aide à faire aboutir le dossier qui traîne depuis bientôt un an, afin de soulager un tant soit peu ma souffrance», conclut la victime de l’ex-militaire aujourd’hui en évasion.

Paul-Miki ROAMBA

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